1. Lettre ouverte à un évaluateur féroce


    Datte: 19/12/2024, Catégories: méthode, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... d’être blessant, et je constate que jusqu’ici, aucun des auteurs concernés ne m’en a tenu rigueur. C’est que vous n’avez pas bien lu, ou pas critiqué assez courageusement, me direz-vous, et c’est bien possible, mais à chacun ses priorités et ses indulgences respectives au moment de le faire.
    
    Je vous concède toutefois un point : il y a eu une sérieuse inflation des notes sur RBB, bien plus spectaculaire que celle qui dope le prix du gaz ou du panier de la ménagère. La faute sans doute à une échelle mal calibrée : la note « 10 » ne devrait rien avoir d’insultant, puisqu’elle correspond à « moyen », et il faut plonger jusqu’à 6 pour n’atteindre encore qu’un passable « médiocre ». Mais intuitivement, tout le monde s’est mis à trouver un 10, un 12 ou un 14 bien mesquin. Les cotes d’amour ont donc commencé à fleurir, les compliments aussi. Sur ce site où un bref sondage archéologique me permet de confirmer qu’on cotait plutôt sec à l’origine, c’est désormais champagne pour tout le monde. Et après tout, pourquoi pas, tant mieux si ça fait plaisir et soutient le moral de nos gentils ménages plus ou moins légitimes, dope leur libido et leur livre l’impression d’être équipé d’attributs textuels flatteurs. À quoi bon remettre un peu d’ordre et de raison dans ce barème ? Tout ça ne nous rendrait ni l’Algérie, ni le Congo, ni l’Acadie, et nos amis Suisses confirmeront qu’il n’y a pas le feu au lac.
    
    Mais quand un nouvel évaluateur apparaît pour balancer les tomates, forcément, ça ...
    ... nous change de l’évaluation en mode « École des fans ». Et d’un côté, c’est très bien comme ça. Ça peut nous dégonfler les chevilles, à condition bien sûr que celles du trublion ne soient pas elles-mêmes dans un état plus inquiétant.
    
    Vous ne manquez ni de culot, ni de talent, ni de suite dans les idées. Un critique a tout à fait le droit d’être caustique, de partager son avis sans prendre de gants. Se donner à lire, c’est accepter de déplaire. Je désapprouve les susceptibilités d’auteurs, à l’exception de celles qui réagissent à la mauvaise foi crasse, aux erreurs manifestes ou aux attaquesad hominem. Certaines de vos interventions piquantes n’étaient pas absurdes, et je m’excuse auprès des collègues qui les ont essuyées : elles m’auraient tout autant amusé si elles s’étaient attachées à décoder mes propres tics d’écriture ou railler certains de mes textes. Ceux-ci ne trouveront quoi qu’il arrive jamais d’évaluateur plus impitoyable que moi-même. J’y voisa posteriori et mêmea priori bien des défauts. Mais de façon générale, je suis certainement bien plus indulgent que vous ne l’êtes. Ou du moins, pas sur les mêmes critères. Il y a certains textes parfaitement bien brossés qui n’en sont pas moins affligeants ou dégueulasses. Et d’autres qui, tout en piétinant le style ou la grammaire, dégagent pourtant une certaine grâce. Les défauts, je les vois, mais je n’en dresse pas l’inventaire à la loupe. Nous sommes à mon avis assez rares, parmi les colleurs d’allumettes, à prétendre à ...
«1234...7»