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0327 Au cœur de tous les Jérémie.
Datte: 09/12/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... doit avoir 3 ou 4 ans, et Jérém se tient à côté de lui, une main sur le guidon, l’autre sur son épaule. A l’évidence, Jérém est en train d’apprendre à son petit frère à faire du vélo, ou du moins en train de l’empêcher de tomber. Sur une autre photo, à la neige, toute la famille y figure. Entre les parents, Jérém tient Maxime dans ses bras, c’est mignon comme tout. Ça m’émeut jusqu’aux larmes. — Tu as dû bien t’occuper de ton petit frère quand vous étiez gamins. — Je ne sais pas. Ça a peut-être été un peu vrai jusqu’au divorce. Depuis, il faut bien l’admettre, c’est plutôt lui qui s’est occupé de moi. Quand je lui en ai laissé l’occasion, bien évidemment. Au fil de ces photos, mais aussi des souvenirs qui remontent à table au détour d’une conversation, des mots qui surgissent parfois au détour d’une phrase, je parcours toutes les jeunes années de mon Jérém. Et lorsque je regarde ces lieux, il me semble de le voir gambader en culottes courtes. Quand je suis dans le jardin, je me dis que derrière ce grand chêne, il a dû se cacher, enfant, en jouant avec Maxime. Je me dis que plus tard, Thibault a dû se joindre à eux pour ces jeux d’insouciance. Une insouciance qui a été balayée nette par le départ de sa mère. Du jour au lendemain, sans y être préparé, Jérém a réalisé et a dû accepter qu’elle ne serait plus jamais là. Mais ça n’a rien changé au manque, à sa tristesse d’enfant. Je me dis qu’à cette époque, ...
... il s’est peut-être réfugié dans la grange pour être seul. C’est peut-être là qu’il a grillé ses premières clopes. Peut-être que Maxime s’y est réfugié aussi, et que Jérém l’y a rejoint pour le réconforter. Ou bien, c’est Maxime qui l’y a rejoint pour le réconforter. Je me dis qu’adolescent, il a dû monter le grand escalier de la maison en boudant. Qu’il a dû s’enfermer dans cette chambre et faire exploser sa colère, ou pleurer à l’abri des regards. Je me dis que dans cette grande maison, il a été heureux, il a été triste, il s’est senti protégé, puis rejeté, il a eu envie de partir. Je me prends à imaginer ses états d’esprits pendant ses toutes jeunes années. Je voudrais l’avoir connu à cette époque, je voudrais avoir partagé tous ces moments avec lui. L’image de Jérém enfant que je reconstruis au fil des récits, des objets, des souvenirs, des photos, se superpose à celle du Jérém de bientôt 23 ans, jeune adulte, mon compagnon, qui s’assume, qui assume notre relation, qui affronte et panse peu à peu ses anciennes blessures. Et cette superposition, ce mélange, m’émeut au plus haut point. Dans ce vignoble, je regarde, pendant des heures, le ciel bleu, les nuages qui passent, j’écoute le vent qui souffle. Je vois de la vigne, je vois cette maison, je vois des fleurs, je te vois toi, Jérémie Tommasi, et je t'aime comme un fou. Dans ce vignoble, au cœur de tous les Jérémie, j’ai envie de pleurer de bonheur.