1. 0327 Au cœur de tous les Jérémie.


    Datte: 09/12/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... bienveillant et très ouvert d’esprit. J’imagine qu’il a dû mettre pas mal d’eau dans son vin, un exercice des plus périlleux pour un vigneron, soit dit en passant, pour en arriver là, pour arriver à se mettre à la place de ses enfants, et pour accepter que le bonheur qu’il avait imaginé pour eux et celui qu’eux-mêmes ont imaginé pour leurs vies ne coïncident pas.
    
    — L’important, c’est qu’ils soient heureux, il conclut.
    
    Et dans le regard qu’il me lance en prononçant ces quelques mots, je comprends qu’il parle de tous les bonheurs de ses enfants. Jérém, qui a dû recevoir les mots de son père de la même façon que je les ai reçus, a l’air tout ému.
    
    — Qu’est-ce que tu as changé, Papa ! lui lance Maxime.
    
    — C’était pas trop tôt ! se défend M. Tommasi.
    
    — T’aurais dû changer de copine plus tôt, lui lance le petit con.
    
    Ça m’a toujours impressionné, en particulier les deux fois que j’ai vu père et fils cadet au chevet de Jérém après un accident et une blessure, cette façon de Maxime de balancer des trucs à son père sans y aller par quatre chemins, sans colère, mais tout en justesse et fermeté. Et aussi la réaction de son père, qui ne l’a jamais envoyé paître, même quand, du haut de ses vingt ans, il le recadrait parfois âprement. M. Tommasi doit tenir son fils cadet en grande estime pour accepter de se laisser ainsi parler d’égal à égal. Et aujourd’hui encore, cela se confirme.
    
    — Mais tais-toi ! Allez, on va manger ! réagit M. Tommasi, une façon de botter en ...
    ... touche sans pour autant nier la justesse du propos de son fils cadet.
    
    — Il a raison, me glisse M. Tommasi, tout bas.
    
    Oui, j’ai toujours eu l’impression que Maxime savait tenir tête à son père, alors que Jérém souffrait de se sentir rejeté. Que Maxime osait parler à son père et que Jérém ne l’osait pas. Mais cela aussi, semble avoir changé.
    
    — Ou il aurait fallu que je me blesse plus tôt ! plaisante Jérém.
    
    — J’aimerais dire que tu as tort, mais ce serait mentir. Il a fallu en arriver là pour que je comprenne que je ne pouvais pas continuer à te faire la guerre parce tu étais différent de celui que j’avais imaginé. Pour que je comprenne que le rôle d’un père c’est d’être là pour son enfant, pour ses enfants. J’ai assez perdu de temps avec mes garçons, je ne veux plus perdre une seule seconde.
    
    — Tu t’en sors pas mal, Papa, fait Maxime.
    
    — Pas mal, pas mal, fait Jérém. Pas avec les mots, mais avec ce regard qu’il échange avec son père, un regard empli d’émotion.
    
    Sophie, celle qui a été annoncée par Maxime comme la nouvelle copine de son père, est une femme avenante et accueillante. Si je me fie à l’allusion du petit frère de Jérém, elle aurait sur M. Tommasi une meilleure influence que celle qui l’a précédée, cette dernière étant sans doute celle qui avait pris la place de sa mère après son départ. Et alors que l’ancienne copine aurait provoqué un éloignement entre M. Tommasi et ses deux garçons, la présence de Sophie jouerait positivement sur les relations ...
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