1. 0327 Au cœur de tous les Jérémie.


    Datte: 09/12/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    Mars 2004.
    
    Après la parenthèse enchantée de nos retrouvailles à Biarritz, nous reprenons chacun notre vie. Moi, celle d’étudiant, et Jérém celle de rugbyman professionnel. Deux trajectoires qui nous amènent à être loin l’un de l’autre le plus clair du temps. Jour après jour, la distance me pèse.
    
    — Tu ne devrais pas pester contre la distance, car elle entretient la passion, me rappelle le sage Albert.
    
    Il a raison, la distance crée le manque, l’absence fait le bonheur des retrouvailles, l’abstinence, le désir. Se revoir est à chaque fois un aboutissement, la présence de l’autre un cadeau inestimable.
    
    Certes, entre deux retrouvailles, le temps est long. A vingt ans, on est impatient, surtout avec l’amour.
    
    Mais j’ai appris à prendre sur moi. Ou, plutôt, à vivre avec. J'ai cessé de demander à Jérém ce qu'il ne peut pas me donner, une vie de couple assumée et affichée. Je respecte son besoin de discrétion au sujet de sa vie privée. Jérém s’assume en tant qu’homo, et il assume ses sentiments vis-à-vis de moi, il me les a montrés de la plus belle des façons. Et c’est déjà énorme. J’accepte qu’on ne puisse se voir qu’à certaines occasions et sous certaines conditions, quand il peut, comme il peut. J’apprécie à sa juste valeur cette invitation à Biarritz, ce rendez-vous délicieusement clandestin, non dénué de certains risques pour lui.
    
    J’ai même accepté qu’au vu de la distance qui nous sépare, de la rareté de nos rencontres, et de la fougue de nos vingt ans, la ...
    ... fidélité des corps ne soit pas une obligation. J’ai accepté son besoin d'avoir des aventures. J’ai accepté parce qu’il est sincère avec moi, parce qu’il se protège, parce que j’ai appris à lui faire confiance. Parce que je ne veux pas l’obliger à s’abstenir, lui qui est exposé à tant de sollicitations. Et, surtout, je ne veux pas l’obliger à me mentir.
    
    Entre nous, les choses sont claires, posées. Nous avons embrassé ce mode de vie parce que nous sommes désormais certains que les aventures d’un soir n’entachent en rien nos sentiments.
    
    Oui, cette année il est annoncé que Madonna va réinventer sa musique dans un spectacle grandiose. Jérém et moi réinventons aussi notre relation. Et, là aussi, c’est un spectacle grandiose.
    
    Même si nous nous voyons peu, en moyenne une à deux fois par mois, le premier semestre de l’année 2004 s’écoule dans un bonheur ininterrompu. Parfois, lorsqu’il n’a pas match le week-end, Jérém vient me rejoindre à Bordeaux. Aussi, je vais parfois le rejoindre à Paris ou dans la ville où il dispute son match.
    
    Moi qui ne ressens qu’un intérêt très limité pour le sport, et encore moins pour le rugby, un sport que je trouve brutal, dangereux, pour les risques de blessures que chaque action représente, je suis heureux d’assister à ses exploits, de le voir si épanoui sur le terrain. J’adore entendre les stades l’ovationner, vibrer à chacune de ses actions. Et lorsque je lis dans la presse, ou j’entends à la télé, que le jeune espoir est en train de devenir un ...
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