1. L'essayer, c'est l'adopter


    Datte: 05/12/2024, Catégories: fh, couleurs, asie, amour, mélo, rencontre, amouroman, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... deux ou trois ans, j’aurais vu tout cela vendu à la découpe et nos huit cents collaborateurs sur le carreau ? Non, j’ai privilégié la continuité, la poursuite d’une œuvre. Et par les temps qui courent, le seul fait de maintenir le groupe et l’emploi sera déjà un exploit. Vous êtes, désormais, l’unique propriétaire du groupe. Depuis vingt ans, j’alimente une ligne budgétaire de frais de succession. Au début je pensais à ma fille… Hélas ! C’est donc à vous qu’elle a profité. Faites-en autant, et dans trente ans vous pourrez transmettre le groupe à qui vous en paraîtra digne. Moi j’arrive à la fin de ma vie, et je suis heureux de voir tout cela entre de bonnes mains. Pour moi, ça n’a pas de prix. Et puis vous savez, aujourd’hui nous valons une fortune, demain… Qui sait en ces temps de crises successives ?
    — Que vous dire ? Le mot « merci » paraît si faible…
    — Mais non, merci à vous d’assumer dorénavant tous les tracas et les embêtements. Je ne vous demande que deux choses, qui ne sont pas écrites dans ces paperasses, car je préfère la parole d’honnête homme : conserver au groupe le même nom, au moins tant que je serai vivant ; et faire l’effort de conserver ma fille et mon gendre dans votre personnel, sans cela ils pourraient bien finir sous les ponts.
    — C’est évidemment sans problème, dis-je en lui serrant chaleureusement la main.
    
    La tête me tournait un peu lorsque je pris congé. Elle me tourna un peu plus lorsque le comptable me détailla ma rémunération, salaire et ...
    ... dividendes, proposant de tout garder en l’état. Je me trouvais bien payé en tant qu’adjoint, en tant que PDG j’hallucinais un peu. Il était évident que pépère n’avait pas besoin d’argent pour ses vieux jours ! Je restai quelque temps dans mon bureau d’adjoint, le temps de rénover mon futur bureau, changer la moquette, faire repeindre les anciennes boiseries sombres et austères en cérusé clair, et changer les meubles pour du contemporain luxueux. J’accompagnai la livraison de son ancienne table de travail jusque chez le vieil homme qui en eut les yeux humides.
    
    — Je n’aurais pas osé vous le demander, c’est une délicate attention.
    
    Sa vieille main caressa le bois qu’elle avait elle-même patiné.
    
    C’est ainsi qu’environ un an plus tard, je tombai en arrêt devant la propriété que j’occupe aujourd’hui. On ne la voyait pas de la route, il fallut le hasard d’une envie pressante pour que je quitte la petite route sur une colline voisine et que je m’enfonce dans un chemin de terre. Et là, en plein soulagement de vessie, la bâtisse m’apparut. Sobre, grande, mais pas trop, nichée au milieu d’arbres centenaires, les volets clos lui donnaient l’air inoccupé. Il me fallut bien des détours pour enfin trouver le haut portail, accolé à une maison plus petite et fermé par une grosse chaîne cadenassée. J’interrogeai quelques personnes du village voisin, tombant par hasard sur le maire. Effectivement, la propriété serait certainement à vendre, il fallait voir avec les héritiers de Madame la ...
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