1. Un jeu de cartes


    Datte: 05/11/2024, Catégories: A dormir debout, Auteur: Philus, Source: Hds

    ... réfléchissant à froid.
    
    — Soit tranquille Pedro, interrompit Doris. Nous sommes amis depuis longtemps et nous avons tous au moins un cadavre dans le placard. Considérons-nous donc tous comme un psy à l’écoute impartiale des trois autres.
    
    — Merci à toi, Doris, approuva Pedro.
    
    Cette mise au point effectuée, Pedro rassembla ses souvenirs. Il s’empara de son verre d’apéritif, fit tinter ce qui restait des glaçons contre la paroi et le reposa sans même y avoir trempé les lèvres.
    
    — Cette histoire ne date pas de mes vingt ans et ne se déroule ni à Paris ni à Lyon, mais à Zagreb en Croatie. Toutefois, elle débute tout simplement ici : à Lille, il y a trois ans. Lors de la grande braderie annuelle, une vieille édition de 1867 du « Voyage au centre de la Terre » de Jules Verne me tendait les bras. Bien entendu, il n’y avait aucun prix affiché et je fis une offre au vendeur. Immédiatement après, une voix derrière moi enchérit sur ma proposition. Je me retournai et vis un homme stylé d’une quarantaine d’années accompagné d’une belle femme bien plus jeune. Elle lui parlait dans une langue que je ne comprenais pas. Je surenchéris à mon tour, aussitôt contré par l’inconnu. Bref, le manège continua une minute et je compris que je n’aurais jamais gain de cause. Je regardai le vendeur qui était aux anges, il n’en espérait pas tant, et lui dis que je stoppai là. Le livre changea de mains et, déçu, je repartis vers d’autres affaires. Je ne fis pas trois pas quand la voix de ...
    ... l’acheteur m’arrêta.
    
    — Monsieur !
    
    Je me retournai, surpris. L’homme souriait.
    
    — Je suis désolé de vous avoir privé de cette édition du « Voyage ». Je devine que, comme moi, vous y teniez parce qu’elle comporte deux chapitres de plus que l’édition originale de 1864… Puis-je me faire pardonner en vous invitant ce soir au restaurant de mon hôtel ?
    
    Cet homme avait l’air parfaitement éduqué, cultivé, sympathique, bref il paraissait très fréquentable. J’acceptai et le soir même, nous nous retrouvâmes à son hôtel. J’y appris qu’il avait quarante-deux ans, qu’il s’appelait Patrick et que sa jolie épouse de vingt-sept ans Masha parlait très peu le français. Ils étaient en vacances pour une quinzaine de jours à Bruxelles. À une heure et quart de route, il ne voulait pas manquer notre célèbre grande braderie. Si lui était Français, sa femme était Croate et ils résidaient toute l’année à Zagreb. Le diner était très fin, les vins très chers et les alcools somptueux. L’argent n’était pas un problème pour Patrick, ce qui me conforta dans l’idée que je n’aurais jamais pu entrer en possession du livre que nous nous étions disputé. À la fin du repas, nous échangeâmes nos cartes de visite, plus par convenances que par réel souci de se revoir, pensai-je.
    
    Ce ne fut pas le cas. Deux mois plus tard, alors que j’avais oublié cet épisode, je reçus une lettre de Patrick m’invitant à passer quelques jours dans leur résidence de Zagreb. Un billet d’avion était joint au courrier. Je téléphonai à ...
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