-
Blowin’ in the wind
Datte: 28/09/2024, Catégories: exercice, journal, confession, mélo, portrait, historique, aventure, Auteur: L'artiste, Source: Revebebe
... nécessaires, alors j’écope, toutes les deux heures… Une petite dépression a suffi à me mettre à genoux, qu’en sera-t-il dans l’Antarctique ? Heureusement, mes problèmes de mal de mer, eux, semblent derrière moi. Mon bateau prend l’eau, je suis crevé et le retard sur mon estimation de départ s’accentue… Pas question d’être la risée de tous, je communique donc régulièrement des coordonnées légèrement valorisées par radio… Oh, pas grand-chose, juste quarante ou cinquante milles selon les jours, mais l’écart avec ma position réelle se creuse de plus en plus.Pourvu que les alizés me soient favorables, ils pourraient être un atout pour mon trimaran, au largue5, toutes voiles dehors. Ma femme, Care, et mes quatre enfants me manquent. Je n’ai pas le droit de les décevoir et ne peux que réussir, je DOIS réussir… Cap sur le Cap-Vert. Le spi peine à propulser mon bateau, trop lourd, à plus de 4 nœuds de moyenne. En effet, comme un problème n’arrive jamais seul, les capteurs censés déclencher le remplissage ou la purge des ballasts ont à leur tour connu une défaillance. Il m’a fallu débrancher le système… Malheureusement, le temps que je m’en aperçoive le mal était fait, et me voilà avec presque une tonne d’eau supplémentaire qu’il m’est impossible de vider. J’ai maintenant plus de 600 milles de retard par rapport à la position que je viens de communiquer, mon sponsor est ravi, tout le monde me félicite et l’on ne parle plus que de moi dans la presse, paraît-il. Mais où ...
... sont donc ces satanés alizés ? Je ne devrais pourtant plus tarder à les toucher. Éveillé, je songe à mes enfants, à leurs caprices à table lorsque c’est le jour de la soupe, aux jeux dans le jardin, aux cris, aux pleurs, aux rires, et dans mon sommeil, c’est ma femme qui nourrit d’érotisme mes rêves. Ces pensées m’accompagnent sans cesse… Ma famille, c’est pour eux que je suis là, ils seront fiers de moi, je les aime, ils me manquent de plus en plus. Le Cap-Vert est à quelques encablures. J’ai essuyé plusieurs grains durant la nuit, pas mal de pluie et des rafales atteignant les 40 nœuds… Une broutille en comparaison de ce qui m’attendra dans les mers du Sud. La prise d’eau semble stable, tant mieux, y’en a marre d’écoper ! Faire escale à Ribeira Grande serait une option qui me permettrait de réparer, mais me disqualifierait par la même occasion… Hors de question ! Et pourtant, comment me sortir de ce bourbier ? La différence entre ma véritable position et celle que j’annonce régulièrement s’accroît de plus en plus, je ne pourrais jamais plus combler mon retard, il faut être réaliste. Et quand bien même… mon bateau ne résistera jamais en l’état aux quarantièmes rugissants. Maintenant, c’est la pétole6 et le soleil tape dur. J’en profite pour faire sécher quelques affaires et, à poil, me lécher les pattes comme le ferait un chat de gouttière après l’orage… J’suis trempé jusqu’aux os ! Les Beatles rythment mon quotidien depuis quelques jours,Yellow Submarine résonne ...