1. Tous des menteurs. Surtout moi !


    Datte: 25/08/2024, Catégories: amour, cérébral, caresses, nonéro, confession, Auteur: Loaou, Source: Revebebe

    ... une certaine agressivité qui ne me changeait pas tant que ça. Ce n’était pas facile et j’ai bien failli être démasquée, malgré les marques discrètes dans mon cahier de texte pour en repérer les jours.
    
    J’étais sur le point de créer un nouveau mensonge pour dévoiler fièrement ma supercherie quand l’adolescence m’a rattrapée, me privant d’un coup d’éclat et d’un simulacre délicat que j’avais du mal à tenir, d’un mensonge connu de moi seule, d’une revanche dont j’étais très fière. Elle ne s’est pas limitée à m’offrir des saignements à des périodes aussi mouvantes qu’imprévisibles, elle a aussi boosté mon besoin affectif.
    
    Au troisième trimestre, j’étais installée du côté gauche de ces bureaux à deux places qu’affectionnait l’éducation nationale. À ma droite, une autre fille. Elle avait un problème de vue et écrivait en grosses lettres, la joue presque sur le papier, les yeux chaussés d’épaisses lunettes, gauchère de surcroît. Je ne sais pas comment elle me voyait, mais je ne me lassais pas de l’observer en douce.
    
    Elle était belle, avec ses yeux agrandis par les loupes qu’elle portait, qui dévoilaient nettement ses iris verts finement ciselés, des cils fins et réguliers. Cheveux châtains mordorés qui bouclaient jusqu’à mi-bras, alors que j’arborais un noir mat plat, court et sans reflets. Pommettes toujours roses rehaussant un sourire perpétuel malgré son handicap qui l’éloignait, elle aussi, des autres. Et une silhouette que je lui enviais, avec de vraislolos alors que ...
    ... je n’avais que des rondeurs que je trouvais ridicules, un petit mensonge personnel empreint de jalousie.
    
    Dès qu’elle n’était plus assise à ma droite, je me demandais où elle était, ce qu’elle faisait. Je la cherchais autour de la cour – sans jamais le montrer, bien sûr. Je m’interrogeais sur ses pensées, j’étais jalouse de ses amis et amies. Je rêvais d’elle la nuit. Je l’aimais. J’ai alors menti de tout mon cœur, très professionnellement, triplement. D’abord à moi : franchement, être amoureuse d’une fille ? À elle : je le lui ai soigneusement caché et j’ai si bien réussi qu’elle ne s’en est jamais douté. Et à tous les autres : je restais la gourde rêveuse qui ne s’intéresse à rien.
    
    Cette année-là, perturbée par mes hormones, j’avais quelque peu manqué à l’organisation de mon mensonge scolaire. Un prof plus clairvoyant avait dû soupçonner mes capacités mythomanes : il refusait de me laisser passer en seconde, arguant que je ne pourrais pas suivre en maths. J’ai quand même été admise in extremis dans une classe au rabais, une seconde technique, où j’ai découvert que je me mentais depuis longtemps sans le savoir : moi, délibérément rêveuse, j’adorais tout ce qui était technologie !
    
    Alors, reprenant la bonne pratique de mentir plus régulièrement, j’ai obtenu très honorablement mon bac puis suivi deux ans de prépa, où j’ai pu approfondir les techniques de mensonge, qui m’ont permis d’intégrer une grande école d’où je suis sortie dans les premières places.
    
    Bien mentir ...
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