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Tous des menteurs. Surtout moi !
Datte: 25/08/2024, Catégories: amour, cérébral, caresses, nonéro, confession, Auteur: Loaou, Source: Revebebe
— Menteuse ! rit Denis en sortant, encore hilare de ma plaisanterie. Denis est mon fils, mon aîné. Il est maintenant adulte et je viens de lui avouer, un peu rigolarde, que j’ai passé ma vie à mentir. Et pourtant, comment pourrait-il se douter que ce qualificatif me va si bien ? * * * Voyons, quand est-ce que j’ai commencé à mentir ? Probablement toute petite, si petite que je ne m’en souviens pas ! J’ai certainement fait comme chaque enfant, qui pleure dès qu’on le pose dans son lit. Un mensonge pour rester dans les bras de ma mère, une tentative de faire croire que je souffrais dès que posée ailleurs. J’ai bien moins profité des bras de mon père, un père « courant d’air » de la vielle génération, mais avec lui aussi, j’ai menti ! On dit que les filles préfèrent leur père, mais je préférais Maman. Mentant délibérément, j’ai quand même réclamé mon père, sachant que je ne l’obtiendrais pas. Ne prenez pas les enfants pour des anges, ils mentent aussi bien que vous ! Les histoires familiales racontent que je hurlais quand on voulait me faire manger des petits pois. Il y eut une fois terrible, un vrai bras de fer. J’ai menti à en péter un neurone en m’obstinant : — C’est pas bon. J’aime pas. Les ignominieuses petites boules sont là, regroupés en monticules dans le creux de mon assiette. Elles ne sont pas insupportables, mais on m’a déjà bousculée pour que je les mange toutes… Alors je n’en ai pas envie. C’est aussi simple que ça. Je les fais rouler ...
... à gauche, à droite, je les arrange en courbes qui forment des dessins que je suis seule à comprendre. Ma mère gronde, mon père m’intime de cesser de jouer avec la nourriture. La tension monte. Les menaces me hérissent. Je finis par en faire rouler une pleine cuillère hors de l’assiette, qui s’éparpillent comme des moutons sur la prairie orange de la table en formica. Je ris, reçoit une taloche, pleure, tempête, hurle ! À la faveur d’un geste maladroit, toute l’assiette s’envole et son contenu s’éparpille dans les moindres recoins de la cuisine, surtout ceux inaccessibles. Ce qui me vaut d’être conduite manu militari dans ma chambre où, faute de trouver un accord avec moi-même, je me mens, à moi aussi, en prétextant leur refiler toute la responsabilité du drame. Que celui qui ne l’a jamais fait me jette la première cuillère ! Vient la maternelle. Cette fois, je mens pour rester à la maison, parce que je veux retourner dans le gros livre d’images qui me fascine : en haut de chaque page, il y a des dessins tordus que je reconnais parfois ici ou là. Il parait que ce sont deslettres. Alors ce matin, j’ai très mal au ventre… Le lendemain, je mens pour aller à l’école, parce que je veux retrouver Annie, la copine punie avec moi et avec qui j’ai fait plein de bêtises hier. Pas de chance, on est jeudi, l’école est fermée et j’ai beau mentir de toute ma force en prétextant une ouverture exceptionnelle, on ne me croit pas plus que la veille. Ça ne marche pas tout le ...