-
Tous des menteurs. Surtout moi !
Datte: 25/08/2024, Catégories: amour, cérébral, caresses, nonéro, confession, Auteur: Loaou, Source: Revebebe
... temps… Quelques années plus tard, je mens à l’institutrice. C’est si plaisant de répondre quelque chose qui n’est pas vrai, de la voir plisser le nez et menacer, de devenir l’héroïne de la classe en tenant tête au bourreau ! Bon, ânonner en plein milieu d’une table que quatre fois six font vingt-six n’était pas très plausible, ni facile, surtout après avoir répété aux copines dans la cour que ça faisait vingt-quatre, mais les rires étaient tels que je me suis entêtée. La punition récoltée a conforté mon prestige : j’ai dû copier cent fois que « quatre fois six font vingt-quatre ». Si l’instit avait mieux regardé, elle aurait trouvé au milieu de la page un « vingt-sixatre » subversif, dernière preuve de son impossibilité de réduire à néant mes talents de menteuse. Les jours suivants, arrivée à « quatre fois six », je laissai un temps avant de poursuivre, juste assez long pour relancer les rires, et annonçai « vingt-quatre » d’un ton interrogatif qui supposait un mensonge et faisait hurler de rire mes camarades. J’en ai retiré un tel plaisir que si vous me demandez aujourd’hui combien font quatre fois six, je risque fort de mentir à mon intégrité et de vous répondre « vingt-quatre », sans que vous ayez idée qu’il s’agit du mensonge d’un mensonge. Les plus beaux mensonges sont indissociables des vérités. Ce ne sont là que quelques exemples, mais j’ai bien conscience d’avoir très souvent fait des choix délibérés, non pas parce qu’ils m’étaient préférables, mais ...
... parce qu’ils s’opposaient à ce qu’on attendait de moi. De beaux et bons mensonges, quoi. De la sixième à la troisième, j’ai continué à mentir. J’aurais pu être bonne élève, j’en avais les facultés ; mais j’aurais alors risqué de me trahir en faisant semblant d’apprendre sérieusement, alors que je préférais rêver. J’obtenais des notes médiocres tout au long de l’année, sauf au dernier trimestre, ce qui me permettait d’accéder à la classe suivante sans trop de questions et, cerise sur le gâteau, de récolter des encouragements dans le carnet de notes : « Se décide enfin à travailler ! Félicitations, continuez ». Je n’aimais pas les autres filles, passionnées de niaiseries qui ne m’intéressaient pas. Je n’aimais pas les garçons, non plus, ces êtres brutaux et grossiers. J’ai loupé une occasion de mentir pour faire comme toutes les autres : parader en débitant des stupidités, baisser les yeux en rougissant devant les petits machos qui ne supportaient pas qu’une fille puisse faire mieux qu’eux. Je me suis retrouvée isolée, mais j’ai quand même pu me mentir en me disant que je préférais ça ! En troisième, j’ai retrouvé ma première passion. Lassée de subir les moqueries des grandes pestes du pensionnat parce que je n’avais toujours pas leurprivilège d’être réglée, j’ai décrété que ça y était : j’avais mes ragnagna. Un mensonge soigneusement préparé, avec tout ce qu’il faut pour faire vrai, d’après ce que j’avais pu en apprendre : le mal au ventre, les passages aux toilettes, ...