1. Tout est mensonge


    Datte: 24/08/2024, Catégories: nonéro, fantastiq, Auteur: Loaou, Source: Revebebe

    ... Probablement cette « gnole » maison. C’est vrai que mon dernier repas est loin. Oui, un morceau de gâteau sera bienvenu, avec ce café que je voulais. Ce ne serait pas raisonnable de reprendre la route ainsi.
    
    Je réalise alors que le gros de l’orage est passé. Le tonnerre roule encore au lointain, mais il n’y a plus d’éclairs vraiment visibles. Par contre, la pluie continue à tomber dru. La fenêtre reste grise, mais semble plus lumineuse. Je vais regarder par la porte, toujours grande ouverte. Sur la droite, le mur d’eau est moins opaque : je vois la cour, que je remarque goudronnée, sur quelques mètres de profondeur. Il n’y a plus de grêle, ni même de sa trace : tous les grêlons ont déjà fondu. L’air est plus respirable : nettement moins chaud, moins chargé de relents désagréables. À gauche, rangées le long du mur, les machines agricoles ont retrouvé quelques couleurs et perdu toute leur agressivité. Au fond, ma voiture est là. Je ferme les yeux, je sens des odeurs dans lesquelles je ne retrouve pas celles qui m’avaient assaillie.
    
    Je les rouvre et là, la vision de ma voiture sombrant dans la boue revient, violente, nette, vraie. Je la vois inclinée, les roues arrière disparues, celles de l’avant qui s’enfoncent aussi. Rapidement, l’eau atteint le milieu des portes. Je me secoue, me pince. Rien n’y fait. Je vais hurler… Tétanisée, je veux refuser cette vision, mais elle reste, vivante, réelle. Je me retourne subitement et me trouve nez à nez avec l’aubergiste. Je hurle ...
    ... de frayeur, manque de tomber en arrière. Il me retient par un bras, surpris.
    
    Avec une tension innommable, je regarde à nouveau vers le hangar. Il n’y a rien d’anormal. Ma voiture est là, sagement garée. Seul, un fin liseré indique l’eau qui s’en est égouttée. La tête me tourne. Je ferme les yeux. Je dois devenir folle. Est-ce que je le suis déjà ?
    
    J’ai conscience de m’appuyer inconsidérément sur le bras qui me soutient, mais je n’ose pas ouvrir les yeux, de peur de le voir à nouveau nu, tel un Priape inassouvi. Il me tire par le bras vers l’intérieur, il veut meprendre, par surprise. Je me dégage vivement avec un cri et m’écarte, les yeux grands ouverts. Je le regarde. Il est habillé et m’observe, le front plissé, les yeux dans les yeux, le visage sculpté d’incompréhension.
    
    — Vous, ça ne va pas du tout… Je ne sais pas ce qu’il vous arrive, mais vous devriez voir un médecin, je crois. Vous voulez que j’appelle quelqu’un ?
    — Non. Je ne comprends pas. Encore la vision de ma voiture. C’était affreux, horrible. Je n’ai jamais eu ça, même pas en cauchemar.
    — Venez vous asseoir, dit-il avec douceur.
    
    Il me guide gentiment, je le suis comme un automate :
    
    — Attention à la table, à la chaise. Voilà, asseyez-vous. Tenez. Vous voyez, c’est seulement une part de gâteau, c’est moi qui l’ai fait. Avec que du bio, farine, beurre, chocolat, tout bio. Mangez tranquillement. Vous ne voulez vraiment pas que j’appelle quelqu’un ? Un médecin ? Une connaissance ?
    — Non, ça va aller, ...
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