1. Tout est mensonge


    Datte: 24/08/2024, Catégories: nonéro, fantastiq, Auteur: Loaou, Source: Revebebe

    ... nausée ou la digestion difficile, à condition de ne pas abuser.
    
    Je ne réponds pas. Il me regarde en silence, avec insistance. J’irai même jusqu’à dire qu’il me déshabille du regard. Pourtant, je ne dois pas offrir un bien beau spectacle. Je termine mon verre à toutes petites gorgées. Il reprend, bavard :
    
    — Ça va mieux ? Vous avez repris des couleurs, on dirait. C’est l’orage qui vous a mis dans cet état ? Je reconnais que je n’en avais pas vu un comme ça depuis… des années. Des dizaines d’années. La météo fout le camp, c’est pas bon. Remarquez, tout fout le camp : la politique, l’économie, la société. Même la politesse.
    
    Il l’énonce sans rire ni l’appuyer, mais, sans savoir pourquoi, je le prends pour moi :
    
    — Excusez-moi : bonjour. Et merci, aussi, complété-je en levant un peu le verre.
    — Oh, je ne le disais pas pour vous en particulier. C’est juste un constat. On ne dit plus bonjour, plus bonsoir, les gens entrent, commandent et s’en vont, sans merci ni au revoir.
    
    Il reste une seconde dans ses pensées, avant de reprendre :
    
    — D’accord, la plupart ne reviendront jamais, alors « au revoir » sert à rien, et « adieu » serait trop… tragique. Mais quand même, ça ne coûte rien. C’était agréable… juste agréable. Bon, vous, c’est spécial. Vous apparaissez, comme ça, en plein orage, sur le point de tourner de l’œil. Vous avez eu un accident ? Non, vous n’êtes pas mouillée. Vous avez vu quelque chose d’effrayant ? À cause de l’orage, peut-être… On imagine des choses, ...
    ... quand la vue est brouillée.
    
    Il fait les questions et les réponses, pérore d’un ton un peu monocorde. Il essaye de m’entraîner dans un dialogue que je ne suis pas certaine de vouloir suivre. Je réponds quand même :
    
    — Je suis seulement fatiguée, j’ai eu une espèce d’hallucination.
    — Ah ? demande-t-il d’un ton engageant.
    — Juste là, j’ai vu ma voiture disparaître sous votre hangar inondé. Mais c’est idiot, n’est-ce pas ? Ça semblait pourtant si réel… Ça m’a prise par surprise et secouée. Ça va mieux maintenant.
    —Prise par surprise ? répète-t-il, le front plissé en appuyant « prise ». Ça fait déjà deux fois que vous dites être «prise par surprise ». Jamais deux sans trois. Je suis curieux de savoir ce qui va vous «prendre par surprise » encore une fois.
    
    Son ton suinte de sous-entendus, je me demande si j’ai bien entendu « ce qui » ou seulement « qui ». Ses yeux me scrutent à nouveau et ne s’arrêtent pas sur mon visage, mais sensiblement plus bas, sur ma poitrine. Son regard fixe et insistant me pousse irrésistiblement à regarder, moi aussi : se pourrait-il qu’une tache, une déchirure ou Dieu sait quoi… ? Je baisse les yeux, mais n’observe que mon décolleté, le haut de mes seins, l’amorce du sillon entre eux, le pendentif de mon collier en hématite. Pas de tache, rien d’anormal. Un « bang » énorme me secoue en même temps qu’un flash monumental m’éblouit.
    
    — Pas tombé loin, celui-là ! énonce platement l’aubergiste que rien ne semble émouvoir.
    
    Par réflexe, je tourne ...
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