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Tout est mensonge
Datte: 24/08/2024, Catégories: nonéro, fantastiq, Auteur: Loaou, Source: Revebebe
L’orage est là. Pendant de longues minutes, les bourrasques secouent la voiture qui fait des embardées malgré mon attention et ma vitesse réduite. Elles plument les arbres, leur arrachent des brassées de feuilles qui tournoient sur la route et se collent sur le pare-brise déjà mouillé par les premières gouttes. Les éclairs se succèdent sans discontinuer, éblouissants, accompagnés de coups de canons qui font trembler mon véhicule dont l’habitacle semble subitement bien frêle. Le vent cède brutalement la place à une pluie torrentielle qui masque tout décor au-delà de quelques mètres. Après la chaleur lourde et oppressante qui a crû toute la journée, l’orage était prévisible, mais sa violence dépasse tout ce que j’ai connu. Le toit résonne comme si cent personnes tapaient dessus. La route disparaît presque et je roule si lentement que j’ai allumé leswarnings. Leur clignotement lancinant ajoute autour de la voiture un halo stroboscopique qui se mêle aux craquements lumineux de la foudre. Impossible de continuer ainsi… C’est alors que je longe une grande ombre : un mur haut et sombre qui apparaît brouillé dans le ruissellement des vitres latérales. Une grande inscription peinte en blanc s’y devine à peine, déformée par les filets d’eau : « Auberge », suivie d’une grande flèche qui indique l’entrée. Sa présence est on ne peut plus providentielle. Je tourne sans même réfléchir, lentement, concentrée sur l’embranchement, en oubliant de mettre mon clignotant. Je pense ...
... tardivement :de toute façon, il aurait été invisible à cinq mètres ! Sans le repère des lignes blanches qui bordaient la route, je suis réduite à chercher les limites herbeuses du chemin, presque invisibles. Je roule au pas pour rester sur ce que j’espère être la voie, recouverte d’une nappe d’eau crépitante de pluie dans laquelle s’ajoutent maintenant des petits grêlons. Le vacarme monte encore d’un cran dans l’habitacle. Heureusement, après quelques mètres et un nouveau virage à droite, le chemin passe entre deux murs et débouche dans une cour bordée par un long préau sous lequel je me gare sans aucun scrupule. Immédiatement, l’infernal tambourinement cesse, remplacé par le crépitement moins sonore qui vient du toit de tuiles. J’arrête le moteur et me détends un moment, appuyée de tout mon long contre le dossier. Je réalise combien j’étais crispée, toute mobilisée à la conduite presque aveugle. Dans les rétroviseurs, le déluge s’interrompt à moins d’un mètre du coffre. Je réalise que je n’ai aucune idée de la taille de la cour : je n’en distingue que le bord, puis un rideau gris et opaque masque tout. Il avale le décor et la majeure partie de la lumière, on se croirait presque de nuit. Le préau est en fait un hangar, sous lequel sont rangées des machines agricoles aux contours agressifs. Elles brillent d’éclats lugubres à chaque éclair, dont la fréquence ne diminue pas. Tout au bout, à gauche, une large porte précède une fenêtre, toutes deux illuminées de l’intérieur. Un ...