1. Tout est mensonge


    Datte: 24/08/2024, Catégories: nonéro, fantastiq, Auteur: Loaou, Source: Revebebe

    ... la tête vers la fenêtre, à droite du comptoir, où il n’y a bien sûr rien d’autre à voir que le gris de la pluie. Au passage, dans le brouillard de l’éblouissement, j’accroche la forme du tavernier qui a quitté son comptoir. Il se précipite vers moi, les bras en avant, pour me saisir. Il est nu et terriblement excité.
    
    Je me lève précipitamment, renverse la chaise. Elle tombe avec un fracas épouvantable qui me déchire les tympans pendant qu’un nouvel éclair m’aveugle, pile en face de moi, derrière lui. Je ne vois plus que du blanc avec la forme de l’homme en contraste. Je recule et me prends les pieds dans la chaise, je bascule en arrière en hurlant et ma tête heurte le sol.
    
    ---XXX---
    
    — Eh, revenez !
    
    Je reprends connaissance, allongée sur le carrelage dont le froid s’insinue dans mon dos. Une odeur de vinaigre émane d’un léger courant d’air qui va et vient au ras de mon nez. J’ouvre les yeux. Une main agite un carré d’essuie-tout.
    
    — Ah, quand même !
    
    Le carré s’éloigne. Une main se tend pour m’aider. Je l’attrape, fais mine de me relever. Elle me laisse en plan, assise.
    
    — Doucement, vous vous êtes bien cognée. Mais qu’est-ce qu’il vous a pris de sauter comme ça en arrière ?
    
    Je me cale sur un bras, les yeux qui papillonnent légèrement. L’homme est penché sur moi et, bien sûr, correctement habillé, tel que je l’ai vu derrière son comptoir. Il sourit :
    
    — Vous m’avez fait peur, diantre. Plus que le coup de tonnerre ! Vous n’allez quand même pas me dire ...
    ... que vous avez peur de l’orage ?
    — Ne… Non. D’ordinaire, non. J’aime plutôt les orages, d’habitude. Regarder les éclairs de ma fenêtre…
    — Eh bien, alors ?
    — Je sais pas. J’ai vu…
    — Vous avez vu quoi ?
    
    Je ne peux quand même pas avouer que je l’ai vu se précipiter sur moi, nu.
    
    — Je… je sais pas, mais c’était effrayant.
    
    Il hoche la tête et parle sans me laisser le temps d’en placer une.
    
    — Vous êtes sûre que vous allez bien ? Pas de médicament oublié ? Rien d’incompatible avec la gnole ? Vous avez mangé correctement ? Ça doit être ça, vous êtes pâlotte, quand même. Il se fait tard. Je suis désolé, je n’aurais pas dû vous proposer un remontant, si vous êtes à jeun… Il me reste du gâteau, venez, vous allez manger quelque chose. Ça va votre tête ? Oh là là, quelle histoire pour un orage et deux éclairs ! Bougez pas, je vais vous aider. Enfin, non, levez-vous doucement, installez-vous, je vais vous chercher ce qu’il faut. Mais ne tombez plus, hein ?
    
    Il se sauve par la porte qui jouxte le comptoir avant que j’aie pu proférer un mot, toujours en parlant, plus pour lui que pour moi.
    
    Je me relève lentement, guettant un vertige ou un malaise. Je ne ressens rien de désagréable, en dehors d’une douleur un peu lancinante derrière la tête. J’y passe doucement la main et y trouve une bosse sensible, même pas grosse. Je rajuste ma tenue, remonte légèrement mon décolleté après avoir vérifié l’absence de tache ou de fil sur son avant. La tête me tourne un peu, très légèrement. ...
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