1. Longtemps


    Datte: 10/08/2024, Catégories: f, hhh, initiatiq, dominatio, Auteur: Landeline-Rose Redinger, Source: Revebebe

    Longtemps, je me suis touchée de bonne heure. Parfois, à peine ma lampe de chevet éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors ». Une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le joujou que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de faire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier.
    
    Je n’ai pas connu la vie ludique et joueuse des enfants, car mon histoire est en somme jonchée d’un monde d’adultes. Adultes en mouvement, en tous sens. La demeure de mes parents était parcourue comme si une multitude de gens gravitait avec constance à la périphérie de notre vie. Nous n’avons jamais été une famille. D’enfant, il n’y avait que moi. Un précepteur, lui-même ami de mes parents, m’enseignait avec une conception moderne de la pédagogie les rudiments de la littérature. Les mathématiques et la science ne me seraient d’aucun secours, disait-il. « Ta vie sera une trajectoire de plaisirs bien loin des petits contentements linéaires des gens ordinaires ». Je ne comprenais pas alors que ce professeur zélé faisait de moi ce qu’il entrevoyait que je sois. Je lui en suis reconnaissante, car ce marionnettiste avait vu juste. Être une marionnette ne me déplaît pas parfois.
    
    Très jeune, déjà, je n’ai pas associé la pratique du sexe à la perversion, au champ du non-dit et du ...
    ... mal.
    
    Comme d’autres petites filles intégraient dans leur plus jeune âge l’art d’être épouse et mère, de faire vivre son foyer, moi je regardais les hommes tournoyer autour de maman.
    
    Maman était une femme non pas jolie, mais qui pouvait enivrer les hommes. Son visage aux lèvres épaisses et naturellement rouge sang lançait des appels qu’aucune autre femme ne fut en mesure de faire naturellement, sans fard. Sa chevelure de jais en vague ondulait au même rythme que le balancement de ses hanches.
    
    Moi petite, je voyais le désir dans les yeux des hommes. J’étais heureuse qu’elle en fût le centre. L’épicentre, le point convergent d’une commune convoitise. Et mes premiers plaisirs ne furent que pour le regard perçant des hommes qui courtisaient maman. Lorsque l’un d’eux me gratifiait d’un trait de ressemblance avec elle, je rougissais d’une joie intérieure et je m’imaginais être elle ne serait-ce qu’un soir.
    
    Déjà, mon corps appelait mes doigts. À peine achevé le dessert du dîner, je filais à ma chambre et, nue sous mes draps, caressais mon corps jusqu’à l’absolu épuisement. Au matin, j’attendais le soir. De là, à mon adolescence, je n’ai été que plaisir solitaire et mes nuits commençaient bien avant le coucher du soleil. On me trouvait trop sérieuse, trop appliquée, qu’on m’obligeait parfois à veiller plus que de coutume. Contre mon gré.
    
    Mon précepteur, non content de reconnaître en moi un futur professeur de philosophie ou un célèbre écrivain – ce que je tends à devenir, ...
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