1. Histoire des libertines (106) : Sophie Arnould et Françoise Raucourt, les grandes libertines


    Datte: 16/05/2024, Catégories: A dormir debout, Auteur: Olga T, Source: Hds

    Avertissement : comme le fit en 2009 le romancier Michel Peyramaure (1922-2023), un grand maitre du roman historique, j’ai décidé d’évoquer, dans un même texte, deux actrices et courtisanes, Sophie Arnould (1740-1802) et Françoise Raucourt (1756-1815), que le romancier a qualifiées à juste titre de « grandes libertines ». Elles ne furent pas que contemporaines : bisexuelles toutes les deux, elles furent aussi amantes.
    
    C’est aussi pour moi l’occasion d’évoquer, dans la série « Histoire des libertines », de précédentes publications dont je recommande la lecture.
    
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    SOPHIE ARNOULD, LA SOPRANO AUX DIVINES SONORITES
    
    Sophie Arnould nait dans une famille de négociants aisés et cultivés, installés à Paris. Sa mère s’est fait des relations parmi les gens de lettres, dont Voltaire et des personnalités influentes. Parmi elles, Louise-Elisabeth de Bourbon (1693-1775), princesse de Conti, petite fille de Louis XIV, une libertine, proche de la Marquise de Pompadour. Elisabeth prend sous sa protection la petite Sophie, qui a révélé très tôt ses talents pour la musique et le chant. Sous l’influence de la Pompadour, la jeune fille prodige est admise à l’Académie royale de musique.
    
    Sophie échappera cependant au « Parc à cerfs », le lieu, près de Versailles, où la Marquise, en vraie mère maquerelle, fournissait d’innocentes jeunes filles pour satisfaire les exigences royales qu’elle ne pouvait plus combler (voir « Histoire des libertines (34) : la Pompadour », publié 24 ...
    ... juillet 2019). Est-ce parce qu’elle n’était pas belle ou plutôt pas du goût du libidineux monarque, car jugée trop maigre ou trop brune ? La célèbre peintre Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842), la portraitiste de la reine Marie-Antoinette, décrit ainsi Sophie : « Mademoiselle Arnould n’était pas très jolie ; sa bouche déparait son visage, ses yeux seulement lui donnaient une physionomie où se peignait l’esprit remarquable qui l’a rendue célèbre. On a répété et imprimé un nombre infini de ses bons mots. »
    
    Dès ses débuts à l’opéra, en 1757, Sophie a pourtant un succès fulgurant. Elle est très vite assaillie de soupirants. Le Chevalier de Malézieux, riche sexagénaire, demande Sophie en mariage et, pour excuser la différence d’âge, fait référence au poète Scarron et à Françoise d’Aubigné (voir « Histoire des libertines 30 : Mme de Maintenon, pas seulement dévote », publié le 28 mai 2019). Les rentes du Chevalier plaisent en effet assez à la mère, mais Sophie, qui a déjà de l’esprit, réplique : « Je fais ce mariage à condition que mon mari commence par être cul-de-jatte et finisse par être Roi ».
    
    Entre-temps, les Arnould, ruinés, sont devenus hôteliers. Un jour, à l’hôtel de Lisieux, vient loger un beau jeune homme qui se présente sous le nom de Dorval. Il enlève Sophie et écrit au père une lettre, signée Louis Comte de Brancas, duc de Lauraguais (1733-1824), dans laquelle il promet d’épouser sa fille, mais seulement quand il sera veuf ! Lauraguais installe sa maîtresse dans son ...
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