1. Invisible


    Datte: 01/04/2024, Catégories: ff, inconnu, rencontre, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... à détourner le regard pour ne pas ressentir la honte de les couver des yeux. J’ai plus chaud ? Sans doute que non, mais les souvenirs ne s’effacent pas par magie. Et le temps où j’occupais mes soirées de la même manière se rappelle à moi avec une force inouïe.
    
    Un passant, ses pas qui se rapprochent, je reste clouée à mes barreaux. Il ne m’a pas seulement vue, absorbé par ses pensées ? Pressé de rentrer chez lui, vers d’autres fenêtres, vers sa lumière personnelle ? Ou peut-être à compter mentalement la liasse de billets que demain il va empocher ? Et là ! Devant la lucarne, deux bouches viennent de se rejoindre, effrayante scène qui me fait un mal de chien. Le bonheur… il faut le garder, le chérir, il est fantasque et éphémère. J’ai mal de ressentir ce que ces deux-là me communiquent. Une larme… il y a si longtemps que je n’ai plus eu ce genre d’émois.
    
    Ce soir… ils s’embrassent derrière la vitre, heureux, et je me sens encore plus moche. Laide d’oser apprécier ce baiser échangé par deux inconnus, dans un endroit où j’ai tout perdu. Ma dignité et aussi un peu ma vie. Pourquoi alors est-ce que je me fais violence pour suivre ces visages qui sont collés l’un à l’autre ? Peut-être parce que le bonheur, je veux croire qu’il est possible de le partager. Pas physiquement bien sûr. Non ! Mais savoir que certains sont heureux me donne de l’espoir. Croire en des demains chantants, en la bonté de l’humanité ? Il y a un peu de vrai dans tout cela.
    
    — xxXXxx —
    
    Le chemin…
    
    Je ...
    ... m’accroche, après les grilles à mes rêves de vie « normale ». Le supermarché du coin, et ses poubelles, pour une pomme qu’une minuscule tache a fait atterrir là, deviennent mon Éden journalier. La caissière et sa blouse bleue, qui fume sa clope pendant une pause. Celle-là qui vient vers moi, pour sans doute me rabrouer encore ? Mais non ! De la poche de son vêtement de travail… un petit sachet qui avance vers moi.
    
    — Tu dois avoir faim ! Tiens !
    — … !
    — Eh ben, prends-le ! Ça ne va pas te mordre, tu sais. Je m’appelle Virginie.
    — Merci…
    — Je te vois souvent ! Enfin, je pense que c’est toi… devant mes fenêtres… le soir quand mon copain rentre. Tu as bien un petit nom, n’est-ce pas ?
    — Euh… merci pour le gâteau. Lydie… c’est mon prénom.
    — Repasse en fin de soirée si tu veux. C’est à cette heure-là que Louis dépose dans la benne les produits dont la date est périmée… je lui dirai de te préparer une cagette à part. Les poubelles… ne sont pas très hygiéniques.
    — Mais…
    — Chut ! Il vaut mieux que mon patron ne te remarque pas dans les environs.
    — Je… je m’en vais, rassurez-vous.
    — Attends Lydie… tiens !
    — …
    
    Un billet ! C’est bien cela ? Ce qui entre ses doigts se tend vers moi ? Mais je ne fais pas la manche, pas devant elle du moins. Pas un geste pour le prendre et elle écrase son mégot, le jette éteint dans la benne à ordures. Je file, mon sac sur ce ventre qui a des grenouilles. Derrière le carreau, dans la lumière d’une lampe, c’est elle que j’ai vue ? Elle qui ...
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