1. Invisible


    Datte: 01/04/2024, Catégories: ff, inconnu, rencontre, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... qui ne vit que pour et par l’argent. J’ai renoncé depuis des mois à ces quelques euros que l’état distribue parcimonieusement à des gens tels que moi. Il manque toujours un papier, un certificat de ceci, un justificatif de cela. Et le chemin de croix est pavé des mauvaises intentions administratives qui font reculer les plus endurcis. Alors oui ! Je vis comme je peux.
    
    Mais est-ce que ça s’appelle encore « vivre » ? Je change d’endroit chaque soir, ombre baladeuse qui tente de trouver de quoi caler un estomac qui se fiche pas mal de savoir qu’il faut tout payer en ce bas monde. Un quignon de pain, pour lequel je dois fouiller combien de poubelles ? D’autres fantômes que je croise tendent la main aux passants qui ne les voient pas, qui ne les calculent plus. Nous sommes légion dans ces rues à vivoter. Quelques cartons, une bouche de métro, une grille qui laisse passer un peu d’air chaud, il n’en faut guère plus pour un petit bonheur.
    
    Bien souvent, c’est la guerre pour un duvet, pour une place abritée, et je n’ai pas l’âme à me battre. Puis il y a pour moi le plus beau des spectacles… les fenêtres qui le soir tombé, s’allument. Une vie nocturne sans peur derrière des vitres qui réchauffent les cœurs, qui enflamment les corps. Je suis parfois d’élégants messieurs, sans me montrer, car j’imagine bien que je pue, au sens littéral du mot. Mais même les bains publics réclament une pièce pour une douche tiède.
    
    Les jolies toilettes ou les robes courtes qui filent sur un ...
    ... trottoir, qui longent ma crasse en s’écartant d’un pas pour ne pas salir leurs beaux atours en me frôlant, c’est si habituel. Dans cet univers où grouillent les rats et pas simplement ceux à fourrure et à quatre pattes, il en existe bien d’autres qui, si semblables à moi, ne font pas dans le détail. Se recroqueviller en gardant contre soi son maigre trésor. Ne pas se laisser voler, dépouiller de trois fois rien, une culotte, un pull. Ici, c’est inestimable et plus précieux qu’un sourire.
    
    — xxXXxx —
    
    Ce soir…
    
    La fenêtre, elle me réchauffe. Je la reconnais. Derrière celle-ci, je suis si souvent restée à attendre celui qui a provoqué ma descente aux enfers. Elle donne directement sur la rue, juste séparée de cette dernière par les grilles que serrent mes petites pattes. Je ferme les doigts sur les barres de fer forgé et j’envie celui ou celle qui déambule dans ces lieux où j’ai eu un peu de bonheur. Les voitures sur la chaussée n’arrivent plus à couvrir le bruit de mon cœur qui bat devant ce bout de soleil nocturne. Ils sont deux… un et une qui dirigent leurs regards dans ma direction. M’ont-ils aperçue qui observe leur paradis ?
    
    Finalement, les quinquets que je devine ne se sont pas posés sur mon insignifiante petite personne. Ils jettent simplement un œil sur la vie qui défile en longs rubans dans la rue. Deux silhouettes bien habillées qui s’étreignent sans se soucier de cette ombre que je suis et qui les contemple. Un baiser… oui. Ces deux-là s’embrassent et m’obligent ...
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