1. Route 40


    Datte: 16/03/2024, Catégories: hagé, voyage, amour, nostalgie, portrait, regrets, Auteur: mysterebinr, Source: Revebebe

    ... dans ses bras et réclamer, de sa voix si douce et pourtant si exaltée, qu’il la transperçât de son mât qui semblait ne vouloir jamais plier ? Bien sûr, les compagnons de lutte de Margot, et notamment ceux qui rêvaient de l’attirer dans leur lit, n’avaient que mépris et colère pour cette union transcendante entre la jeune révolutionnaire et celui qui n’était à leurs yeux qu’un vil suppôt du capitalisme.
    
    Quelles raisons pouvaient pousser leur amie à s’envoyer en l’air avec ce vieux réac symbole de patriarcat et de libéralisme triomphants ? s’énervait à penser Armand, le leader alpha du groupe qui, selon sa propre opinion, était le seul mâle légitime à posséder Margot.
    
    Il n’est pas pire rival qu’un jeune coq qui convoite la poule de celui qu’il considère comme un vieil usurpateur. Serge s’en rendit compte à ses dépens lorsque la meute, galvanisée par Armand, abandonna le quinquagénaire, le visage en sang et avec plusieurs côtes brisées, à proximité d’une mare croupie après un tabassage aussi lâche que violent.
    
    Ce bâtard n’avait qu’à se contenter de baiser Margot au lieu d’ouvrir sa grande gueule pour dénigrer notre combat en le définissant comme une utopie liberticide qui allait conduire la civilisation à sa perte.
    
    Telle avait été la justification d’Armand pour la correction infligée à Serge. Le jeune anarchiste avait ensuite conclu tout en faisant monter de force Margot dans le camion utilisé par la troupe :« Bien sûr, connard, que nous allons la détruire, ta ...
    ... civilisation de merde ».
    
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    Ces souvenirs douloureux ont fini par s’estomper de la mémoire de Serge et il serait bien futile et stupide de les laisser remonter à la surface à ce moment, mais le cœur et la raison ne font pas toujours bon ménage et le septuagénaire peine à masquer son émotion en voyant Margot s’approcher de sa démarche chaloupée pour saluer le petit groupe constitué des deux voyageurs et de leurs hôtesses.
    
    — Ça fait bien longtemps, déclare Margot avec nostalgie, après avoir fait une accolade aux trois femmes et tendu la main à Wolfgang.
    
    Elle aussi a du mal à maîtriser son trouble alors que face à elle, Serge, l’homme qu’elle a aimé comme nul autre la fixe, le regard éperdu. L’esprit perturbé du septuagénaire ne peut admettre que c’est bien Margot qui l’accueille aujourd’hui, si bien que, sonné par ces retrouvailles improbables, il se met à tituber. Heureusement, Wolfgang qui se demande quelle mouche est en train de piquer son ami parvient à le retenir avant qu’il s’effondre sur le carrelage de la grande salle.
    
    Avec difficulté, il parvient à conduire Serge jusqu’à un fauteuil adossé au mur de l’entrée. Margot s’approche du septuagénaire et pose sa main sur son bras. L’homme lâche un rire amer avant de se parler.
    
    — Ainsi tu descends d’une famille aristocratique. Quelle ironie !
    — En effet, même s’il s’agit d’une noblesse d’empire qui, comme tu le sais, est dénigrée aussi bien par les roturiers que par ceux dont les ancêtres ont obtenu ...
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