1. Route 40


    Datte: 16/03/2024, Catégories: hagé, voyage, amour, nostalgie, portrait, regrets, Auteur: mysterebinr, Source: Revebebe

    ... exploré les contrées situées au sud et à l’est de la vieille Europe, me fourvoyant dans les déserts arides et inhospitaliers qui mènent à ces endroits où l’homme devient un autre lui jusque dans ses traits physiques les plus remarquables. Je connais donc le continent noir et l’immense Asie. Je me suis risqué jusqu’aux régions les plus dangereuses et les plus éloignées de notre doux climat. Comme les colons pleins d’espoir, j’ai franchi l’océan pour découvrir les vastes territoires de l’Amérique du Nord, et j’en suis revenu à la fois ébloui et ravagé de découvrir que l’espoir transcendant peut y côtoyer la déchéance la plus absolue, et que les préceptes les plus honorables n’y sont souvent que des vaines paroles dénuées de la plus ténue des âmes.
    — Tu me sembles bien amer, Serge, toi que je considère comme mon seul ami, ce guide qui m’a éclairé en partageant tant d’espoirs avec moi.
    — Amer peut-être, lucide sans doute, car j’ai compris que le seul sentiment humain qui ne sera jamais satisfait est son égoïsme sans limite.
    — Que comptes-tu faire après avoir déposé ce verdict sans appel ?
    — Visiter le dernier continent que je n’ai jamais foulé. Me rendre dans le pays des Mayas, découvrir les immenses étendues sauvages et espérer que cette ultime quête libérera mon cœur de ce poids qui m’oppresse de plus en plus.
    — Je perçois ton attente, Serge, et bien sûr je serai à tes côtés pour mener ta quête à son but.
    — Je n’en attendais pas moins de toi, mon bon Wolfgang. Nous ...
    ... partirons donc au prochain été austral explorer ce pays où tant de nos ancêtres européens ont émigré pour fuir la misère, la déchéance, et d’autres encore pour échapper à la justice des hommes et nous parer d’une virginité indue.
    
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    Wolfgang et Serge avaient posé le pied à l’aéroport de Buenos Aires trois semaines plus tard. Après une visite rapide de la ville dont l’architecture évoque si bien les nombreuses vagues migratoires qui ont peuplé ce magnifique pays synonyme de fortune pour une poignée d’entre eux, et de rêve inabouti pour la plupart des autres, ils avaient loué une vieille jeep et avaient traversé les provinces du nord pour rejoindre Mendoza, point de départ de leur périple sur la route 40.
    
    Cette voie mythique qui longe la cordillère des Andes non loin de la frontière chilienne et qui allait, du moins l’espéraient-ils, les mener tout au sud du continent au bord de l’infranchissable détroit de Magellan.
    
    Si Serge avait tant rêvé de ce voyage, c’est qu’il était convaincu qu’il constituerait l’ultime étape d’une vie remplie de relations amoureuses aussi tumultueuses qu’inachevées.
    
    Pour mener à bien leur objectif, les deux voyageurs allaient devoir emprunter une route qui, sur certains tronçons, n’est qu’un chemin rocailleux, et bien sûr franchir de nombreux cols, dont certains situés à plus de quatre mille mètres d’altitude. Pas si simple pour deux septuagénaires quasiment privés de déplacement pendant près de trois ans en raison des confinements ...
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