1. Route 40


    Datte: 16/03/2024, Catégories: hagé, voyage, amour, nostalgie, portrait, regrets, Auteur: mysterebinr, Source: Revebebe

    — Vois-tu, Wolfgang, j’ai franchi le cap des soixante-dix ans depuis plusieurs semaines et force est de constater que si mon bambou n’est pas complètement flasque lorsque j’émerge de la nuit, il a malheureusement perdu une bonne partie de sa rigidité matinale. Ce fait m’attriste, car il me rappelle que ces années triomphales au cours desquelles j’ai pu éreinter tant de femmes et déniaiser tout autant de jouvencelles ne seront bientôt plus que d’amers souvenirs.
    — Tant de défaitisme m’afflige, Serge… Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été impressionné par ta fougue inépuisable et par ce don que tu possèdes pour enchanter les jolies femmes, par ton discours aussi bien que par ta prestance naturelle, et bien sûr, je ne peux que t’admirer pour ta maîtrise des jeux de l’amour.
    — Tu es le plus fidèle de mes amis, Wolfgang, et, à ce titre, je suis convaincu que tu as toujours été sincère lorsque tu m’encensais dans les discours que tu tenais à ceux que nous croisions au gré de nos pérégrinations. Mais je ne supporterais pas que ton admiration flatteuse laisse place à une pitié infamante. Malheureusement, et tu le sais aussi bien que moi, il n’y a pas grand-chose à faire pour contrer l’œuvre destructrice du temps. Je fais désormais le constat que les raideurs qui me rendaient si fier il y a quelques années, préfèrent désormais se réfugier dans mes articulations et dans le bas de mes reins au lieu de gagner la masse caverneuse qui pend entre mes cuisses. Comme un ...
    ... malheur n’arrive jamais seul, mon esprit n’est pas plus épargné par l’outrage de la vieillesse que mon physique déclinant. À mon grand dam, je me sens gagné par l’intolérance qui assèche mon cœur et obstrue les vaisseaux de mon cerveau aussi sûrement que les caillots nuisent à l’écoulement régulier du ruisseau de la vie.
    — Je te trouve bien pessimiste et tes pensées noires me brisent le cœur. As-tu donc fait un trait sur tous tes rêves ? As-tu abandonné l’espoir d’une ultime passion avant de te résigner à rejoindre le royaume d’Hadès ?
    — Pas tout à fait, mon ami. Mon corps est certes rouillé et mon esprit s’aigrit, mais il brûle heureusement encore, au fond des deux, une flamme dont la clarté vacillante m’indique une ultime voie à suivre avant de laisser ma place sur cette terre à tous ceux qui aspirent à en bénéficier.
    — Je me réjouis que le chemin que tu entrevois ne débouche pas sur un cul-de-sac. Peux-tu donc me renseigner sur cette route ultime qui t’apaisera enfin ?
    — Bien sûr, mon cher Wolfgang, j’espère bien que tu m’y accompagneras comme tu l’as toujours fait depuis que nos chemins se sont croisés il y a bien longtemps. Comme tu le sais, j’ai bourlingué tout au long de mon existence et je ne compte plus les territoires que j’ai eu l’occasion de traverser au cours de ces périples. De l’Oural à l’Atlantique, de la pointe du Spitzberg aux Açores, il n’y a guère d’îles de la Mare Nostrum sur lesquelles je n’ai point posé le pied à une période de ma vie. Bien sûr, j’ai ...
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