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Avril maudit... Avril béni.
Datte: 22/02/2024, Catégories: fh, init, aventure, fantastiqu, Auteur: Iovan, Source: Revebebe
... été traversé par cette pensée : pourrais-je, jamais, lui rendre ne serait-ce qu’une parcelle, de tant de bonheur ? C’est elle qui me dévoila le mystère de la femme, m’apprit à le nommer… à l’embrasser… À le révérer… À en garder, pour toujours, le manque au creux du ventre. Elle fut celle qui m’éveilla à l’amour, comme ma Maureen m’avait appris ce qu’était la tendresse, elle fut celle qui me fit aimer les femmes avec passion et ce fut le plus beau cadeau que l’on ne me fît jamais. Ma belle maîtresse m’apprit qui elle était : originaire de la côte Est, de Boston exactement, elle était issue de la très riche bourgeoisie, et était en rupture de ban avec sa famille et son milieu. Ses parents, héritiers et propriétaires des fonderies Fenton, sa mère, et des filatures Donahue, son père, fortunes colossales, ne lui pardonnant ni ses idées, ni ses fréquentations (elle avait rencontré Lily Devereux-Blake, « Tiger Lily », féministe, écrivaine et journaliste, et correspondait régulièrement avec elle) et encore moins ses mœurs libres, l’avaient condamnée à cet exil doré : Clarksville, bourgade provinciale où personne ne la connaissait et où, surtout, elle ne risquait pas de ruiner la ...
... réputation des deux dynasties et de grever leurs immenses profits. Elle recevait d’eux une pension de plusieurs milliers de dollars qui lui était versée chaque année, et lui permettait de s’assurer un train de vie plus que confortable. Ils ne l’avaient pas pour autant achetée et Eleanor n’avait renoncé ni à ses idées ni à sa liberté d’action et de parole. Vite rejetée par les milieux bien-pensants de la ville provinciale –Pensez donc, cette catin fume… ! –, elle menait une existence solitaire, se consacrant à ses occupations militantes, ainsi qu’à la rédaction d’un manifeste pour l’émancipation des femmes, qu’elle comptait faire éditer à Chicago avec l’appui d’Elizabeth Cady Stanton, éminente figure féministe, avec laquelle elle entretenait, aussi, une correspondance assidue. Au soir de cette journée qui marqua, pour toujours, ma mémoire… alors qu’après une nouvelle étreinte, éperdu de bonheur et de reconnaissance, j’embrassai mon amour… — Quel jour sommes-nous, ma chérie ? — Le cinq avril, Sean… Que ce jour soit à jamais béni ! _______________________________ *Back yard : Jardin de derrière. *Gravy sauce : Sauce au jus de viande. *Prairie skirt : Longue jupe paysanne.