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Artiste… Mon cul, oui ! – II
Datte: 17/02/2024, Catégories: fh, nonéro, confession, rencontre, Auteur: Enzoric, Source: Revebebe
... oser se regarder. — Ça bout. — Je sais, mais t’as dit bouillant. — J’ai dit bien chaud, pas bouillu. Parc’que café bouillu, café foutu, comme dit l’vieux. — Exact. Remplissant les deux bols, un petit sourire cherchait à naître. Cela faisait des mois que je n’avais pas souri et, ne comprenant pas pourquoi, je m’interdisais d’être heureux. Pourtant, inconsciemment, je savais que sa présence me faisait du bien. Du moins, un peu. — T’as pas faim ? lui demandai-je enfin, après avoir avalé un croissant. — Bah… j’suis debout avant qu’le coq y chante, alors à c’t’heure j’suis plutôt salé, moi. — T’as tort. C’est gras, mais c’est bon. — J’peux ? me demanda-t-elle après avoir sorti quatre belles tranches de lard de son sac. Avant que je ne réponde, elle était déjà debout. Avant que j’avale ma bouchée, elle était devant le poêle. Ne sachant que faire, continuer à m’empiffrer de croissants ou accompagner mon bol de café d’épaisses tranches de lard, je suis resté le bras en l’air. — Y’en a des propres ? — J’pense pas, non. Elle a lavé deux assiettes, quatre couverts et deux verres. Table dressée, elle a balancé devant moi deux belles tranches de lard et deux œufs au plat qui étaient presque devenus deux œufs brouillés après ce vol plané. Je n’avais plus vraiment faim après avoir dévoré trois croissants, mais de la voir s’empiffrer sans chichi, je me suis senti obligé de faire honneur à ce qu’elle m’avait servi. — L’est bon, hein ? C’est l’cochon du René. — ...
... Oui. Il s’appelait comment ? — Qui ? L’cochon ? — Oui. — Z’ont pas d’noms, les cochons ! C’est pas des z’animaux d’companie, les cochons, c’est d’la viande ! Médusé, non de la voir engloutir un énorme morceau de pain dégoulinant de jaune d’œuf, mais de la véracité de cette évidence, j’ai compris pourquoi j’avais toujours été incapable de tuer une des poules qui m’avait nourri de leurs progénitures avortées dans l’œuf. — Ça, c’est du bon gras, me convainquit-elle de finir mon assiette. Pas comme ça. Ça, c’est juste bon à graisser le boyau, me dit-elle en me montrant le dernier croissant gisant entre nous. J’ai éclaté de rire, et, putain ! que ça m’a fait du bien ! — J’sais bien que souvent j’dis des conneries plus grosses que moi, mais j’y peux rien. C’est plus fort que moi. Pâ, il dit que j’devrais tournicoter ma langue avant d’causer, mais rien à foutre, ça sort plus vite que j’pense. Mâ, elle, elle dit qu’il faut pas s’retenir. Que si ça doit sortir, faut pas s’retenir. Vous en pensez quoi, vous ? — Euh… entre les deux mon cœur balance, tentai-je de rester neutre. — Comme moi. Pour ça qu’en attendant d’choisir, j’choisis pas. Bon, pas l’tout, mais faut que j’redescende, moi, sinon l’Fernand il va lancer une battue pour m’retrouver. — Ton père ne sait pas que t’es ici ? — Non, personne. Pis l’Fernand, c’est pas mon père, c’est l’pépette (garde champêtre). — Ha ! Et t’as pas peur de te perdre, toute seule ? — Moi, me perdre ! Oh ! lui, hé ! Savait même pas ...