1. Hellas


    Datte: 16/02/2024, Catégories: fh, amour, journal, couple, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... échardes vives plantées dans la mémoire vacillante. Peut-être aurait-il fallu que tout s’arrête ici, se surprend-on à penser, que tout s’efface à tout jamais à l’instant parfait, celui où le corps de l’autre donne enfin un sens au vôtre.
    
    Et on a raison de redouter, parce que parfois le destin s’acharne, il vous attend, il vous guette au détour du chemin qu’on croyait sans danger.
    
    —Hey, you, what’s your name ?
    
    C’est un vrai plouc, le destin, on le prétend aveugle alors qu’il est tout simplement sourd, cet imbécile, il ne comprend rien à rien, il vous tutoie sans que vous ne lui ayez autorisé cette familiarité, il surgit sans qu’on l’invite.
    
    —Where do you come from ?
    
    ⁂
    
    Est-ce aussitôt après, ou est-ce bien des années plus tard qu’il l’inviterait à se coucher avec mille délicatesses sur la page d’un cahier ? Qu’après avoir touché le grain de sa peau, il tracerait son empreinte encore fraîche sur celui du papier ? Il graverait alors comme dans le marbre d’un temple ces petits fragments miraculeux, les seuls ayant pour lui valeur de mystère ou de sacré : leurs corps humides emmêlés sur le grand lit, encore traversés de frissons. Le moment où elle colle une oreille sur son torse pour vibrer au rythme accéléré des pulsations. Le contact vaporeux des draps immaculés dans lesquels ils finissent par s’enrouler. Et puis la lumière qui s’éteint soudainement dans la maison : la foudre avait dû griller un relais. Les flammes des bougies qu’on allume et qui dansent sur ...
    ... le corps de la fille, qui dansent dans les yeux de la fille, qui hantent à tout jamais sa propre mémoire, comme pour réveiller la brûlure de ce jour vécu avec davantage d’intensité que tout autre au cours d’une vie d’homme.
    
    Ce soir, les flammes danseraient à nouveau, et la plume dulover man aussi, en toute liberté, en se foutant pas mal de plaire ou déplaire, en toute ignorance de ce qu’il convient d’écrire ou pas pour satisfaire l’esthétique. Il écrirait sans besoin d’être lu, sans celui d’être compris, sans chercher l’approbation. Ces souvenirs-là surgiraient en images, en parfums, en murmures rebondissant sans fin en échos sur les parois de son cerveau. À quoi bon les partager ? Dans le meilleur des cas, ceux qui s’obstineraient à lire jusqu’au bout ces séquences un peu décousues n’auraient qu’à se démerder avec ça, et à convoquer leur propre vécu pour combler les silences volontaires. Qui sait, peut-être ceux qui aiment ou ont aimé un jour pourraient-ils le suivre. Mais la plupart n’y verraient qu’un fatras obscur ou prétentieux : l’histoire serait mince, lente, fuyante et floue.
    
    Quant à ceux que le récit amoureux aurait alléchés, ils jugeraient rapidement frustrante son obstination à fuir la panoplie du lexique porno prêt à réchauffer au micro-ondes, avec tout ce qu’il faut dans la recette de bites, de chattes, d’orifices lubrifiés et de surenchère dans le gras pour satisfaire l’appétit du consommateur gavé au sexe triste, celui où l’on abuse du piment pour mieux ...
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