1. Hellas


    Datte: 16/02/2024, Catégories: fh, amour, journal, couple, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... part qui en elle le bouleversait le plus. Elle conduisait nue, elle conduisait vite et bien, rétrogradant sur les lacets qui menaient à la maisonnette qu’ils avaient louée sur les hauteurs de l’île, à l’écart d’un hameau. Le confort y était spartiate et la vue égéenne, assortie à son amoureuse : sauvage et nue, cuivrée par le soleil couchant, belle à couper le souffle.
    
    — Ma douce, l’orage ne va pas tarder…
    
    La voiture s’était immobilisée, elle avait tiré le frein à main, coupé le contact. L’air était épais, un grain se rapprochait, irisant la mer. Elle renfila sa robe, il referma la capote du petit tout terrain. La lourde clef déverrouilla la porte de bois, et ils pénétrèrent dans le logis, meublé très simplement, mais doté sur la terrasse du plus luxueux des privilèges : une vue panoramique courant des sommets de l’île, plissés comme un épais drap chiné d’ocres et de verts profonds, jusqu’au grand bleu à perte de vue.
    
    Il ouvrit le réfrigérateur, en retira deux bouteilles fraîches qu’il décapsula aussitôt, et préleva tous les ingrédients nécessaires à la préparation du repas. Quelques bourrasques firent danser les rideaux, et il se dit qu’il serait plus prudent de fermer la porte-fenêtre.
    
    — Tu peux prendre ta douche en premier, claironna-t-il.
    — Vas-y toi, je vais d’abord rincer les maillots.
    
    Elle s’approcha à pas feutrés, se blottit contre lui.
    
    — D’ailleurs, j’ai besoin du tien.
    
    Un éclair déchira le ciel. Le menton posé sur l’épaule de son amoureux, ...
    ... elle s’amusait à l’observer compter mentalement les secondes s’écoulant depuis qu’avait frappé la foudre. D’un geste brusque, elle lui abattit soudain le short de bain sur les chevilles, un attentat à la pudeur miraculeusement synchronisé avec le rugissement du tonnerre. Elle rit aux éclats de la double surprise qui venait de le saisir, et la cascade de ce rire forma le plus joyeux, le plus malicieux des contrepoints au fracas de l’orage.
    
    Le ciel déversait à présent une pluie abondante sur la terrasse. Tout à l’heure, après son passage, ils ouvriraient en grand les fenêtres, pour que la maison s’emplisse de la fraîcheur parfumée d’arômes végétaux et terreux. Ils s’enivreraient de leurs effluves, allongés l’un contre l’autre sur le drap blanc, après l’amour, évitant soigneusement de prononcer le moindre mot. Trop banal, il romprait le charme, les précipitant prématurément dans la trivialité du quotidien. Trop chargé de connotations amoureuses, il ne serait qu’un intrus bien maladroit face à ce qu’ils viendraient d’accomplir. Ils étaient à vrai dire assez économes en mots tendres, pour que la rareté des « mon amour » les rende précieux, chargés de sens, presque graves. Tout au plus supportait-elle qu’il prononce parfois un de ces « ma douce », et il lui arrivait elle-même de glisser un affectueux «lover man », depuis qu’il lui avait fait découvrir la version de Charlie Parker, depuis aussi qu’ils avaient dansé un soir, un peu ivres, sur celle de Billie Holiday. Pas de paroles ...
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