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Hellas
Datte: 16/02/2024, Catégories: fh, amour, journal, couple, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe
... après l’amour, non, et peu de gestes, seule suffirait la douceur d’un doigt suivant le tracé d’une lèvre ou dégageant une mèche rebelle sur un front. Il n’y aurait que des regards, des sourires, le souffle de l’air humide et le temps suspendu. Mais avant tout cela, à l’instant de l’orage où nous les avons laissés, elle restait collée à son dos, les lèvres toutes proches de son oreille, où elle lui musait une sorte de berceuse, en effleurant son corps d’homme de caresses toujours plus ciblées et plus précises. — Et pour la douche, il me vient une autre idée, finit-elle par suggérer. Il la laissa faire quand elle le débarrassa de son polo. Il réalisa aussitôt, au troublant contact de ses seins sur son dos, qu’elle aussi était nue. — Ça ne te dérange toujours pas si je conduis ? Alors elle le prit par la main, ils franchirent le seuil en courbant la tête, et furent aussitôt accueillis par la nuée. L’eau s’abattait en gouttes lourdes. Leur trace glacée, les mots brûlants que la fille ne cessait de lui murmurer, l’impatience de ce corps nu réclamant l’étreinte du sien, le fracas du tonnerre, toutes ces sensations puissantes l’enveloppèrent, le firent frissonner, bander, lâcher la bride de tant de désir contenu. Ils s’aimèrent alors en affamés, avec l’énergie désespérée des pêcheurs perdus en mer, noyés dans son triangle des Bermudes, engloutis par la violence de leurs appétits carnassiers. Jamais ils n’avaient eu une telle conscience d’avoir une peau, une bouche, un ...
... sexe qu’en les jetant à l’assaut de la peau, de la bouche, du sexe de l’autre. Il faut renoncer à l’écrire. Inutile de tenter de restituer autrement qu’en ombres chinoises ce qu’il y eut à vivre-là. La pluie cessa, c’est la nuit qui vint sur eux, et lui qui vint en elle, grelottante, gémissante. Elle, l’adorable lézard aux membres graciles plaqués contre le mur… Ils restèrent un long moment collés l’un à l’autre avant de rejoindre la chambre, ralentissant le rythme de leur balancement intime, jusqu’à ce qu’il soit à la fois voluptueux et chaste, qu’il apaise leurs corps comme on berce un enfant épuisé. Que c’est puissant le sexe quand c’est une telle rencontre : un serment, une révolte, une guérison. Dans cette île antique, on se croit alors l’égal des héros et des dieux : n’a-t-on pas volé le feu comme Prométhée, défié le ciel et le soleil comme Icare ? En allant si haut, quelle colère va-t-on provoquer ? Vient alors l’inquiétude. Pour une fois, on ne doute pas de soi. On ne doute pas de l’autre. Et pourtant on redoute. On redoute déjà que tout se retire à l’instant même où on se retire d’elle. Que tout se retire comme la mer se retire, sans même prévenir, que les corps dérivent lentement, portés par le courant, naufragés d’une merveilleuse catastrophe. Que leur charge de pur désir s’estompe en silhouette, comme un adieu sur le rivage, jusqu’à ne former un jour lointain que souvenirs sur le radeau des jours de solitude : clous dans l’âme rouillée, ...