1. Les disparus de l'Alcyon


    Datte: 10/02/2024, Catégories: froid, cinéma, bateau, nonéro, historique, policier, historiqu, aventure, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    ... à l’avant, et le grand, à l’arrière. Les voiles se hissaient grâce à de petits anneaux coulissants fixés à la toile, tenue en hauteur sur une corne de pic.
    
    Les marins faisaient connaissance et démarraient des discussions autour de leur vie à terre, leur femme, leurs enfants… Une nostalgie tout à fait légitime pointait le bout de son nez, ils ne reverraient plus leur famille avant septembre, voire octobre. Six à sept mois en mer endurcissaient n’importe quel homme et les éléments de la nature, les embruns cinglants, les rafales et le froid qui giflaient marquaient les visages. Ils revenaient souvent d’une campagne comme celle-ci avec des rides supplémentaires, une peau tannée et un dos encore plus voûté. C’était comme s’ils avaient vieilli de six ans.
    
    Dans un renfoncement de la paroi servant de couchette se tenait Gérard Vanhille, un matelot au comportement aussi sympathique qu’un garde-chiourme voulant se faire respecter de ses prisonniers. Il ne parlait quasiment jamais, aucune expression de politesse, aucun signe de courtoisie.
    
    En peu de temps, on avait remarqué son indélicatesse, sa rudesse et son mépris.
    
    — Un Ours ! Il y a toujours un Ours dans une équipe ! avait jugé Julien Verhoeve.
    
    Tous acquiescèrent. Les marins continuaient de faire connaissance dans une ambiance de camaraderie plus ou moins franche. Aussi, François Becuwe eut droit pour surnom « le curé », car il ponctuait toujours ses phrases d’un « Si Dieu le veut », et bien sûr Enn Padichâh fut ...
    ... prénommé « L’Indien ».
    
    La discussion en vint inexorablement à l’objet principal, le poisson invisible qui nageait dans les eaux profondes à l’abri de la lumière : le cabillaud, le Kabeljauw néerlandais ou le hareng. Pour débusquer les poissons de leur antre profond, sombre et inaccessible et les faire atterrir sur le sol du bateau, il fallait les en retirer à la force des bras, à « la cordée » (une corde munie de deux hameçons seulement, épaisse et rêche, pouvant atteindre parfois une longueur de près de deux cent cinquante mètres).
    
    Le cabillaud, une fois pêché, dépecé et salé, devenait la morue. C’était le travail du saleur Bruno Baert, BB.
    
    — Je t’entends bougonner, remarque Henri Vervey à son capitaine.
    — A-t-on déjà vécu météo plus douce en février ? Regarde cette mer, c’est un lac ! À peine des vaguelettes, pas une brise ! On n’est pas près d’arriver ! Ah ! Ça valait le coup de devancer le départ ! s’enrageait Minos.
    
    Le capitaine de l’Alcyon avait prévu de naviguer dix à quinze jours avant d’atteindre les côtes islandaises, mais pour l’heure, la goélette restait figée.
    
    Les matelots végétaient dans une sorte de léthargie, à ne rien faire, et déjà quelques tensions dues à ce manque d’activité apparurent.
    
    Les marins étaient cantonnés à l’avant dans une unique pièce de quinze mètres carrés qui leur servait de chambre.
    
    Dans cette pièce étaient disposés des lits souvent trop petits pour les gaillards, la grande table où ces derniers mangeraient durant les six ...
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