1. Les disparus de l'Alcyon


    Datte: 10/02/2024, Catégories: froid, cinéma, bateau, nonéro, historique, policier, historiqu, aventure, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    Le registre d’embarquement dans les mains, le capitaine Minos Uyttenberg monta à bord de la goélette « L’Alcyon », du nom du trois-mâts de Jean Bart, célèbre corsaire du Nord qui sauva de la famine la France en détournant une flottille de 110 navires néerlandais remplis de blé devant l’île du Texel.
    
    À ses côtés se trouvait son second : Henri Vervey.
    
    — Je n’aime pas ça, il n’y a pas un seul des dix marins que nous embarquons que je connaisse !
    
    Le capitaine Minos n’avait pour une fois pas constitué lui-même son équipage et le faisait savoir, l’armateur Lucien Vanhove s’en était occupé lui-même.
    
    Habituellement, le capitaine se rendait de maison en maison dans les villages côtiers pour recruter d’éventuels postulants à une campagne de pêche au cabillaud dans les eaux d’Islande. Le capitaine cherchait des gens aguerris ayant déjà connu la souffrance physique qu’une telle pêche allait à coup sûr dispenser.
    
    Partir pour des mois, tout quitter, femmes, enfants, la maison et son confort, ce n’était jamais une décision facile, cependant les postulants restaient nombreux, car la misère faisait rage. Les navires étaient innombrables, des dizaines de goélettes partaient chaque année vers l’Islande, l’île de Glace, l’île de L’Enfer.
    
    L’Islande… Terre à la fois gelée et chaude composée de glaciers et de volcans, blanche et rouge, neigeuse et brumeuse, quelques fois arrosée de soleil et parsemée de fleurs rutilantes. Du tréfonds de cette île sortent des volutes de fumée, ...
    ... des vapeurs venues de nulle part.
    
    Les chalutiers commençaient à faire leur apparition en ce début de siècle, avec leurs grands filets et leur propulsion à vapeur, ils exigeaient moins de main-d’œuvre pour assurer leur bonne marche. L’Alcyon était une goélette classique, d’une forme simple, effilée à la proue comme à la poupe, tout juste affrétée et prête à fendre les vagues tumultueuses de la mer du Nord.
    
    Hormis les familles proches des marins-pêcheurs embarquant, le quai était désert. Habituellement, quand survenait le départ à l’Islande pour des dizaines de Goélettes affrétées, une foule hétéroclite composée de familles, de voisins et de curieux envahissait les quais. C’était un véritable spectacle empli d’émotions.La pêche à la morue dans les mers d’Islande était source d’angoisses pour les familles, mais surtout pour les marins, car nombre d’entre eux ne revenaient pas. Alors comme pour conjurer le mauvais sort, les Dunkerquois faisaient la fête et de ce spectacle, un véritable carnaval*.
    
    Accoudés sur la balustrade du bateau, Minos et Henri regardaient les marins monter à bord. Les affaires des marins étaient entassées sur le quai encore un peu désert en ce petit matin frisquet.
    
    Un matelot monta, un rude gaillard, un molosse au teint basané, un Indien de près de deux mètres, une force de la nature. Il se présenta à son capitaine :
    
    — Enn Padichâh, pour vous servir, mon capitaine !
    
    Il soulevait son coffre avec ses affaires dedans sans la moindre difficulté ...
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