1. Les disparus de l'Alcyon


    Datte: 10/02/2024, Catégories: froid, cinéma, bateau, nonéro, historique, policier, historiqu, aventure, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    ... cailloux et autres rochers.
    
    La terre d’Islande ne devait guère être à plus d’une demi-journée de navigation, mais même avec des yeux perçants, on ne la distinguait pas. Comprenant qu’ils ne tiendraient pas sur cet amas de roche au milieu de nulle part, il fut décidé de reprendre la chaloupe une fois les forces restaurées.
    
    Après un repas relativement copieux, les hommes s’assoupirent le temps d’une sieste réparatrice. Quel mal leur en prit ! Au réveil, la chaloupe prenait l’eau à son tour, elle était devenue inutilisable. Quelqu’un avait éventré le bois en des endroits trop précis pour que le doute que ce soit l’œuvre d’un homme puisse être discuté.
    
    Minos tourna son regard vers Antoine qui dormait profondément.
    
    On hurla au sabotage ! Les marins, en proie au désespoir pour les uns, à la colère pour les autres, s’accusèrent mutuellement et aucune parole du Capitaine ni du second n’aurait pu calmer les esprits qui s’échauffaient.
    
    — Calmez-vous ! supplia Minos. Ça ne sert à rien de nous battre !
    
    Même Enn entrait dans une fureur qu’on ne lui connaissait pas. Toujours prompt à l’emportement, Julien dégaina son kroepme, prêt à en découdre avec Albert Dranke qu’il traita de « sale boche » ! Enfin, François Becuwe et Raymond Vandenmoere en arrivèrent aux mains.
    
    L’œil d’Antoine brillait de malice, il aimait ce spectacle, à n’en pas douter, il s’en délectait. Minos le regardait maintenant avec intensité comme si le fait de le pourfendre de son regard aurait pu lui ...
    ... donner un semblant d’explication. Les uns se battaient, les autres tentaient vainement de les séparer jusqu’au moment où la lame tenue par Julien se planta dans le ventre d’Albert.
    
    Hébété par l’acte qu’il venait de commettre, Julien laissa tomber son couteau avant de s’effondrer lui-même, les forces l’abandonnant. Le monde s’arrêta. Les coups que Raymond distribuait sur le visage tuméfié de François restèrent en suspension.
    
    Un silence pesant s’ensuivit.
    
    — Nous sommes maudits ! finit par dire BB.
    — Assez ! vociféra Minos. Occupons-nous d’Albert !
    
    À ces mots, tous se précipitèrent vers le blessé qui se vidait inéluctablement de son sang. La blessure était trop profonde et très mal placée, aucun linge compressé ne pouvait arrêter l’hémorragie et tout garrot était inutile, la déchirure se situant au niveau de l’abdomen.
    
    Albert se plaignait du froid qui devenait de plus en plus intense. Henri et Minos se comprirent, un autre membre de l’équipage allait mourir bientôt. Tous tentèrent l’impossible, même Julien, mais une heure, une demi-heure, quelques minutes suffirent pour que le blessé passât l’arme à gauche.
    
    Le silence s’installa confortablement. Tous étaient résignés. Résignés à leur triste sort : la mort. Tôt ou tard, elle les surprendrait. Un à un, elle les surprendrait. Peut-être Albert avait-il moins souffert dans son agonie que ce que s’apprêtaient à vivre les naufragés ? Minos consigna sur le carnet de bord les derniers évènements.
    
    Il se souvint d’avoir ...