1. Tout se joue le 18 juin.


    Datte: 31/01/2024, Catégories: revede, nonéro, portrait, merveilleu, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    ... téméraire et lisse ma grosse moustache avec amusement et un peu d’espièglerie. Elle s’étonne de ma coiffe si différente des bicornes, schapskas et autres shakos puis esquisse un semblant de sourire.
    
    Elle est complètement détendue à présent, la tendresse dont j’ai fait preuve et le fait de l’avoir sauvé d’un viol brutal au péril de ma vie, lui permettent de me donner sa confiance. Nos échanges restent cependant assez laconiques, elle se présente sous le prénom de Marie et m’explique qu’elle n’a pas souhaité laisser son père seul. L’aubergiste m’a menti par pudeur, sa femme est morte depuis trois ans et il vit seul avec son unique fille, personne ne les attendait à Bruxelles, sa seule richesse est cette auberge qu’il se devait de préserver. C'est pourquoi, il a décidé d’y demeurer malgré l’arrivée des militaires.
    
    Le temps faisant son œuvre, Marie se dévoile et je découvre une jeune femme cultivée, intelligente et malicieuse. Bien que je fasse tout pour en apprendre encore plus de cette femme qui me fascine, le sujet revient régulièrement vers ma personne. Elle désire tout savoir de moi et de l’Égypte, elle désire tout savoir des Arabes et de leur Dieu : Allah. Je pensais tous les Européens pieux, je découvre que les Nordiens ne sont pas plus portés sur la religion que ça, elle-même s’adresse parfois à Dieu mais, elle ne le fait que pour lui demander des réponses à ses questions. Elle trouve étrange que les chrétiens aillent à confesse pour s’absoudre des péchés, le mieux ...
    ... étant de ne pas les commettre, non ?
    
    Cette logique imparable me déroute, je la trouve d’une naïveté touchante mais si innocente. C’est peu connaître les êtres humains, c’est peu connaître l’Homme. Alors je lui parle du libre-arbitre, je lui parle de convoitise, je lui parle des démons qui nous habitent. Tandis que je lui évoque ma vision de ce qu’est l’Homme, elle me parait hors du temps et de l'espace, une sorte d'incarnation de ce qu'est l'œuvre la plus belle de Allah.
    
    Toute la nuit, nous discutons, nous nous découvrons et j’aurais volontiers passé encore plus de temps en sa compagnie si le maréchal ne m’avait ordonné de rejoindre mon bivouac pour un repos salutaire avant la bataille.
    
    Tous les hommes quittent alors l’auberge et je remonte en surface. Grimbert a préféré m’attendre, car d’après lui, des soldats veulent en découdre avec moi.
    
    — Je ne veux pas que tu perdes la vie sous ma responsabilité Mamelouk mais ne crois pas t’en sortir à si bon compte, j’en parlerais à qui de droit et tu devras t’expliquer.
    
    Que je risque le peloton d’exécution pour avoir rudoyé des soldats m’indiffère. Je n’ai pas peur car seule l’image de cette femme accapare mes pensées et c’est le cœur léger que je rejoins mes pénates sous une huée d’insultes racistes, quelques crachats, quelques bousculades et quelques coups vicieux de mes frères d’armes.
    
    Il pleut comme vache qui pisse, les gouttes sont lourdes comme des grêlons et l’intensité ne semble pas s’affaiblir. Les quelques ...
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