1. Tout se joue le 18 juin.


    Datte: 31/01/2024, Catégories: revede, nonéro, portrait, merveilleu, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    ... mutilé un soldat de l’empire, je risque d’être mis à pied. Me sachant proche de l’Empereur lui-même, Grimbert me prévient que l’incident sera rapporté et seul Napoléon décidera de mon avenir au sein de l’armée.
    
    Une petite tape sur les mains, voilà ce qu’encourent les soldats pour avoir tenté de violer la fille du tavernier de cette auberge. Pour ne pas envenimer une situation qui n’a rien de réglé, je reste dans la cave. D’avoir empêché ces vermines de s’amuser avant le combat n’est pas bien vu et lorsque je remonterai de la cave, il y a de fortes chances que je doive jouer des coudes et de palabres pour sortir sans trop de coups.
    
    Le maréchal me laisse seul avec la fille en pleurs qui reste terrorisée dans un coin de la cave. Il va devoir mettre de l’ordre et depuis mon sous-sol, je l’entends s’expliquer avec ses hommes.
    
    Je m’approche de cette femme qui ressemble à un animal battu et, tendrement, d’une main presque tremblante, je relève son menton. La jeune fille me regarde droit dans les yeux et j’y lis une gratitude dans les larmes qu’elle n’arrive à tarir. Elle a de grands yeux bleus qui percent les cœurs et de jolies taches de rousseur qui lui donne l’aspect le plus candide qu’il m’ait été donné d’admirer jusqu’alors ! Je la dévisage avec impudeur et lui trouve une silhouette chétive mais adorable, une taille aussi fine qu’une guêpe, mais je ne lui vois aucun dard capable de foudroyer un danger sinon ce sourire qu’elle vient à me rendre. Ces cheveux couleurs du ...
    ... feu et sa peau blanche me font l’effet d’un coup de poing dans la raison.
    
    Je ne trouve rien à dire, à la merci d’une vision enchanteresse. C’est la première fois que je fais face à la beauté des Bataves2. Néanmoins, plus pour la rassurer que pour exprimer mon admiration, je bredouille un ou deux mots de flamand (les seuls que je connaisse) :
    
    — Hallo, ik ben Ahmed3
    
    À ces mots prononcés avec sûrement un accent à tirer au couteau, elle me sourit et d’une voix un peu chevrotante d’avoir pleuré :
    
    — Je parle français.
    
    Elle a une voix de satin qui adoucit mon cœur, une douce mélopée, des notes qui fredonnent de tendres pensées. Je lui tends un mouchoir et sa main me frôle, une simple caresse, un souffle, un instant, un éclat qui irrémédiablement parcourt tout mon corps et qui me fait frissonner de volupté.
    
    J’en suis bouleversé, je n’ai jamais ressenti un tel moment hors du temps, c’est comme une absence qui me propulse dans un autre univers, je lis les poésies, je deviens poésie, je vis comme un poète, je vois avec les yeux d’un poète. Moi qui suis généralement entouré de brutalité, je fais face pour la première fois à la douceur.
    
    Si pour moi, c’est la première fois qu’une femme me fait un tel effet, il semblerait que je sois le premier Arabe qu’elle voit. C’est elle qui approche sa main de mon visage pour le toucher, je ferme les yeux pour en appréhender le moment, je me laisse faire. Nous sommes deux étrangers qui nous apprivoisons. Elle devient un peu plus ...
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