1. Tout se joue le 18 juin.


    Datte: 31/01/2024, Catégories: revede, nonéro, portrait, merveilleu, Auteur: Melle Mélina, Source: Revebebe

    — Hey ! Ahmed Ibn Fahdlan, viens avec nous, il y a de la bonne bière !
    
    Une provocation. Les hommes avec qui je suis savent que je suis musulman, je ne bois pas d’alcool, Allah, le très miséricordieux ne m'y autorise pas. Les hommes avec qui je suis sont des soudards, grossiers, brutaux, mais demain je combattrais à leur côté. Ils sont encore une dizaine qui ne trouvent pas le sommeil et préfèrent le chercher dans les vapeurs des cigares et de l’éthanol. Je ne suis accepté dans leur rang que parce que je partage la même vision, la vision de l’Empereur.
    
    On m’appelle le Mamelouk de l’Empereur. Jadis, nous autres Mamelouks étions esclaves, mais l’Aigle nous a affranchis, depuis je lui suis redevable et je fais partie de la garde rapprochée. Demain, sur le champ de bataille, je resterai au côté de ce grand homme, que les ennemis raillent pour sa taille. L’Empereur n’est pas plus petit que la moyenne, il fait juste l’objet d’une propagande diffamante et pour cette infamie, les Anglais goûteront de mon sabre.
    
    Ceux avec qui je suis ne savent pas que l’Aigle les utilisera comme de la chair à canon. Il les envoie à une mort certaine, mais leur bravoure ne sera pas vaine. Tandis qu’ils attaqueront sur le front de l’Est, le général Drouet d’Erlon aura les coudées franches à l’Ouest et prendra nos ennemis en tenaille.
    
    Alors, pour ce qui s’apparente à leur dernière nuit, ces soldats ont été autorisés à s’amuser. Nous avons investi le petit village de Placenoit. Les habitants ...
    ... ont laissé leur hameau vide et sont allés se réfugier, Allah sait où ! Seul un tavernier est resté, c’est sa manière à lui de servir l’Empire. La boisson coule à flot et Grimbert, le maréchal des logis, veille juste à ce que, l’alcool aidant, aucune bagarre n’éclate.
    
    Nous essayons tant bien que mal à ne pas penser à demain, aussi, nous amusons-nous à quelques facéties. Que l’on me nomme l’Arabe, que l’on m’invite à boire de l’alcool, tout cela reste bon-enfant, je sais que ces hommes rudes ont la peur au ventre, que certains pensent à leur famille, que certains pensent à leur avenir et que se soulager sur une« tête de turc » n’est finalement qu’un moyen de défense comme un autre.
    
    — Non, je ne suis pas turc, je suis Égyptien !
    — Égyptien, Turc ou même Arabe, qu’importe, tu es avant tout soldat de l’Empire, le Mamelouk !
    — Oui ! tu es mon frère, l’Arabe ! Ajoute un carabinier.
    — À nos frères arabes ! Levons nos verres !
    
    Forcément, un peu de grivoiserie accompagne ses libations :
    
    — À nos frères arabes, à nos sœurs arabes et à tous ceux qui les montent !
    
    Puis, le centre des moqueries se déplace pour atteindre une nouvelle cible : le tavernier. Les militaires commencent à le titiller sur son handicap : sa jambe de bois. C'est à cause ou grâce à cette infirmité qu'il ne combattra pas à nos côtés.
    
    Le pauvre homme, n'ayant plus qu'un pied sur le pont, est malicieusement surnommé "le Flamand Rose"1. Je sympathise avec lui, j’apprends qu’il est marié et a deux filles ...
«1234...11»