1. Sur le fil


    Datte: 28/01/2024, Catégories: ff, lesbos, Auteur: Leandre R, Source: Revebebe

    ... la première fois : Eris. Dieu seul savait d’où cela pouvait bien venir et signifier.
    
    — Et moi, c’est Charlotte, lui dis-je.
    — OK. C’est sympa ici.
    
    Sa moue involontaire disait le contraire mais je ne me démontais pas et puis elle se révéla à part cela très souriante et attentive. Je lui fis faire le tour du propriétaire : la mercerie d’abord, vaste pièce habillée d’étagères qui couraient le long des murs. Elles regorgeaient d’accessoires pour couturières, de rouleaux de tissu, pelotes de laine, boutons, bobines de fil et livres didactiques. Un rideau derrière la caisse donnait sur l’atelier, pièce de moindre importance, éclairée de spots, avec en son centre une grande table où étaler patrons et pièces en cours d’assemblage. On y trouvait ma machine à coudre favorite, une indispensable surjeteuse et quantité de projets ou commandes en cours. Les créations originales patientaient à côté des simples demandes de retouches et un grand miroir me permettait au besoin de juger à son port si tel vêtement tombait comme voulu ou s’il s’accordait avec tel autre en ton et en style. Enfin, une porte s’ouvrait sur la petite réserve où je stockais tout ce qui ne tenait pas dans la mercerie.
    
    C’était là tout mon univers.
    
    Je lui expliquais encore le fonctionnement de la caisse, comment accueillir et accompagner la clientèle, mais Eris semblait impatiente de se mettre au travail. Elle avait un projet de vêtement à terminer en vue de l’obtention de son diplôme.
    
    — Vous allez me ...
    ... donner votre avis, dit-elle comme si rien n’était plus urgent.
    — Oui, volontiers.
    
    Elle ouvrit la housse protectrice et disposa la tenue sur le plan de travail. C’était pour le moins ambitieux : une robe style Empire mise au goût du jour avec des motifs orientalisants. Et l’emploi de divers tissus fluides qui n’étaient pas les plus simples à coudre, loin de là. Je lui donnai mon sentiment et lui assurai que je serai disponible pour l’aider.
    
    — Ben oui, fit-elle en hochant la tête, comme si cela tombait sous le sens.
    
    Je ne dis rien mais n’en pensais pas moins.
    
    Rien d’extraordinaire ne se produisit les premiers jours, si ce n’est que mon apprentie donnait l’impression de participer à un défilé de mode permanent. La couturière en moi appréciait les accords de textures, les découpes plus ou moins audacieuses, les jeux de couleur. Mais qui n’aurait pas été sensible à la beauté de cette jeune femme ? Elle était assez grande et fine, elle ne se privait pas pour mettre en valeur sa poitrine respectable et malgré sa jeunesse, ses hanches étaient joliment rebondies. Les épaules ne tombaient jamais, son port de tête avait je ne sais quoi d’aristocratique. Je ne parvenais pas à déterminer si elle jouait un rôle ou s’imaginait un quelconque devoir de représentation, entre suffisance et douceur mielleuse.
    
    — Tu es encore ravissante aujourd’hui, finis-je par lui dire. La jupe, le chemisier… c’est parfait. Ça doit être un drôle de budget pour une étudiante, non ?
    — Je suis fille ...
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