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Sur le fil
Datte: 28/01/2024, Catégories: ff, lesbos, Auteur: Leandre R, Source: Revebebe
Nous sommes en 2012 quand cette histoire débute, j’avais encore ma mercerie et mon atelier de couture. J’entrais dans la quarantaine, ce commerce était le fruit d’une reconversion professionnelle mais ce n’était pas un franc succès. Mon talent était reconnu mais les commandes trop inconstantes pour me garantir la réussite financière escomptée. Fort heureusement, mon époux opticien comblait avec largesse les besoins de notre ménage. Nous n’avions pas d’enfants, n’étions jamais parvenus à en avoir, devrais-je dire, mais l’un dans l’autre nous nous étions fait à cette idée et si cela me chagrinait parfois sans prévenir, je relativisais bien vite aussi en considérant tous les avantages que nous en avions tirés. Un certain confort de vie, une complicité indéfectible doublée d’une liberté que nous enviaient nos amis pris entre couches de marmots et lubies d’ados. Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle un savoir ou une sensibilité particulière me firent-ils défaut pour gérer au mieux les événements que je couche par écrit aujourd’hui ? ******* Mon commerce avait de trop fréquentes périodes creuses, aussi quand cette fin de printemps là je reçus soudain une abondance de précommandes et un défilé de clientes impatientes, j’acceptais de prendre une apprentie qui se formait pour accéder au métier de costumière. Je ne pensais pas jusque-là pouvoir mener de front travail et enseignement, mais je n’avais pas vraiment le choix si je voulais voir perdurer mon activité. ...
... J’entends par enseignement l’obligation que j’aurai d’avoir en permanence un œil sur les réalisations de mon employée, du moins tant que je ne serai pas certaine de pouvoir lui donner toute ma confiance. N’ayant pas l’embarras du choix, je recontactai une certaine Mlle Delalande qui m’avait envoyé une lettre de motivation quelques semaines auparavant. Son bac professionnel en vue, je la retenais car elle était majeure – probablement avait-elle redoublé une classe – et je souhaitais autant que possible ne pas avoir affaire à une fille trop immature. Elle avait mis un terme prématuré à son précédent contrat pour une raison que j’ignorais et ne ferait que deux mois chez moi pour finir sa formation. Peu m’importait, du moment que nous parvenions ensemble à passer ce cap critique pour mon commerce. Quand elle franchit la porte de la mercerie dans le tintement de clochette conventionnel, elle m’évoqua immédiatement Audrey Hepburn dans sa robe noire dessinée par Coco Chanel, à ceci près qu’elle n’était pas brune. J’allais découvrir que cette tenue n’était en rien le fruit du hasard, l’univers de la mode étant sa passion et son ambition. Les cheveux courts et d’un blond vénitien qui virait franchement au roux sous un certain angle, le visage carré, quoique joliment dessiné, elle savait maquiller ses yeux avec justesse pour leur donner de la profondeur, un air grave qui s’accordait avec le caractère que je ne tarderais pas à connaître. Elle portait un prénom que je rencontrais pour ...