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0320 Pourvu qu’on continue à rêver.
Datte: 13/01/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... d’avancer. J’ai terriblement envie de le voir. Mais je ne suis pas autorisé à le faire pour l’instant. J’ai beau l’aimer, je ne fais pas partie de sa famille. En sortant de l’hôpital, nous allons manger un bout. Je crève de fatigue, la nuit quasi blanche commence à me peser horriblement. J’ai un mal de tête des plus carabinés. — J’y retourne, m’informe le petit brun. — Je viens avec toi. — Tu as l’air claqué, il considère. — Toi aussi tu as l’air claqué. — Va te reposer un peu. Inutile qu’on s’épuise à attendre à deux. Tu vas venir me relayer un peu plus tard, si tu veux bien. — Je veux bien, oui. — Tu as un point de chute à Paris ? il me questionne. — J’ai un peu d’argent pour prendre une chambre. — Tiens, il me lance, en me tendant un trousseau de clés. — Ce sont les clés de… — De son appart, oui. Je t’appellerai s’il y a du nouveau. Pénétrer dans l’appart de Jérém trois mois après la dernière fois, ça me fait un drôle d’effet. Et savoir que Jérém ne rentrera pas parce qu’il est dans un lit d’hôpital, inconscient, blessé, me serre le cœur. Le séjour est plongé dans un joyeux bazar. Jérém n’a jamais été un fan de ménage, et ça n’a pas changé. Dans la salle de bain, posée sur le rebord du miroir, la chaînette que je lui ai offerte pour l’anniversaire de ses 20 ans. Et son parfum qui flotte dans l’air. J’ai envie de pleurer. Dans la chambre à coucher, le lit défait, des capotes sur la table de nuit, un emballage ouvert. Je n’arrive ...
... même pas à être jaloux. Où que mon regard tombe, j’ai l’impression de voir dans cet appart l’instantanée d’une tranche de vie. Une tranche qui s’est arrêtée soudainement, violemment. Dans ces pièces où rien ne bouge, où tout est silence, je ressens une désolation lugubre. J’ai l’impression que tout est figé, et que le temps s’est arrêté. Un t-shirt blanc abandonné sur le canapé attire mon attention. Je plonge mon nez dedans, je retrouve son parfum, son odeur. Je pleure. La sonnerie de mon téléphone retentit dans la pièce sinistrement silencieuse. « Ruben ». J’ai oublié de le rappeler. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ? Je sais qu’il ne comprendrait pas que je lui dise la vérité, que je suis monté à Paris pour être près du gars que j’aime plus que tout. J’ai besoin de retrouver mon souffle avant de l’appeler. J’ai besoin de trouver le courage et la force. Je suis assommé par cette situation et par le manque de sommeil. Avant de l’appeler pour lui annoncer que je ne rentrerai pas à Bordeaux le lendemain, j’ai besoin de trouver quelque chose de vraisemblable et d’acceptable à raconter. J’ai aussi besoin de me ressaisir. Je sais qu’il devinerait à ma voix que je viens de pleurer. Je sais que je n’aurais pas la force d’affronter sa suspicion, ses doutes, sa tristesse. « Je t’appelle dans quelques minutes » je lui envoie par texto. Pendant ces quelques minutes, j’appelle papa pour lui donner des nouvelles. Papa se veut rassurant, et il sait trouver ...