1. 0320 Pourvu qu’on continue à rêver.


    Datte: 13/01/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    Samedi 8 mars 2003.
    
    Le ralenti de l’accident de Jérém défile à l’écran et montre comment son genou a été malmené lors de la chute. Son pied a touché le sol dans une position décalée. Le poids de son corps, déséquilibré, démultiplié par la chute, s’est déchargé dessus, et le genou droit s’est plié vers l’avant. Les images sont incroyablement dures, cruelles. Je peux seulement imaginer la douleur qu’il a dû ressentir lorsque son genou a subi cette sollicitation inhumaine. J’en ai le vertige, j’en ai mal au cœur. Je suis tellement triste, j’ai mal pour lui. Je suis horriblement inquiet.
    
    — Ah putain, putain, putain ! Il ne fallait pas ça, pas ça ! s’exclame papa, toujours aussi choqué.
    
    — Dis-moi ce qui se passe ! je l’implore.
    
    — Attend une seconde…
    
    Le direct revient, Jérém est toujours au sol. Il semble enfin être revenu à lui. Mais l’image qui se présente à mes yeux m’arrache les tripes, déchire mon cœur. Mon bobrun tient son genou droit entre ses deux mains, et il est en train de se tordre de douleur.
    
    — Eh, merde ! lance papa, visiblement bouleversé, sonné, dégoûté.
    
    — Dis-moi, papa ! Dis-moi !
    
    — C’est le genou qui a pris. Et à voir comment il a mal, les ligaments ont été arrachés.
    
    — Et c’est grave, ça, non ?
    
    — C’est grave, oui.
    
    — Mais grave comment ?
    
    — Au mieux, sa saison est foutue. Et peut-être même sa carrière au rugby.
    
    — Non ! je m’entends crier à pleins poumons.
    
    Non, pas ça, pas ça s’il vous plaît ! Ne faites pas ça à Jérém, il ne ...
    ... mérite pas ça !
    
    Je me surprends à implorer, à crier intérieurement, paralysé par la panique, accablé par une impression d’injustice qui me désole, qui me révolte.
    
    Le médecin injecte un produit dans le bras de Jérém, j’aime à imaginer que ce soit un calmant. J’aimerais tellement que ce soit un médicament miracle qui réparerait ses blessures comme par enchantement !
    
    Le jeune ailier est enfin déposé sur la civière. La caméra le filme d’assez près pour que je puisse voir son visage. Et dans ses traits crispés, dans son regard hagard, je vois non seulement l’expression d’une douleur insoutenable, mais aussi, la déception, le désespoir, la colère, la peur panique de voir son rêve de rugby brisé à ses prémices. Et des larmes. Jérém pleure de douleur et de colère. Ça m’arrache le cœur. Un instant avant, il avait tout pour lui. Il était un espoir flamboyant du rugby français. L’instant d’après, il pourrait avoir tout perdu. Son avenir professionnel est désormais incertain. C’’st un choc terrible. J’ose à peine imaginer ce qu’il doit ressentir au fond de lui à cet instant précis. Le destin est parfois si cruel.
    
    Un autre ailier débarque sur le terrain. Le show doit continuer.
    
    Je passe un après-midi horrible. Je me sens si mal, si impuissant face au drame qui vient de se produire dans la vie de Jérém, et sous mes yeux. Si seulement j’avais le pouvoir de tout arranger ! Je donnerais tout ce que je possède, et un peu plus encore, pour qu’il cesse de souffrir, pour le voir à ...
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