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0320 Pourvu qu’on continue à rêver.
Datte: 13/01/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
... Va retrouver ton type à Bordeaux ! — Il n’y a plus de type à Bordeaux. — Il y en aura d’autres. Vas-y, vis ta vie et fiche-moi la paix ! — Ma vie, c’est toi, Jérémie Tommasi. J’ai beau essayer de m’éloigner de toi, de t’oublier, je n’y arrive pas. En fait, je ne le veux pas. — Si tu restes, je vais te pourrir l’existence, je vais te rendre fou ! Dans sa voix, je sens que la colère laisse peu à peu la place au désarroi, à la désolation. Jérém n’a plus la force de se battre. Il est en train de se noyer. — Ça fait cinq ans que tu me rends fou ! — Je vais encore te faire du mal, je finis toujours pour te faire du mal ! Je sens que sa tension intérieure va bientôt éclater. — Je tiens le coup, comme tu le vois… Soit il va me gueuler dessus, soit… — Si tu savais comme je suis mal ! je l’entends me glisser, la voix cassée par des sanglots étouffés, refoulés. … soit, il va lâcher prise et laisser les larmes diluer sa souffrance. J’avais pressenti que ce coup-ci la colère laisserait la place aux larmes. Pendant nos échanges, Jérém ne m’a pas trop donné l’occasion de croiser son regard. Mais du peu que j’ai pu en capter, j’ai vu à quel point cet accident l’a affecté. C’est dur de voir que quelque chose s’est brisé au fond de son regard. Que son assurance, sa confiance en l’avenir, et une certaine insouciance de jeunesse ont disparu en laissant la place à la peur. Je m’approche un peu plus de lui, je le prends dans mes bras. J’ai toujours peur ...
... d’un rejet inopiné, mais je prends sur moi. Jérém tente d’abord de me repousser, de se débattre. Mais le cœur n’y est plus. Le beau brun dépose vite ses armes, visiblement épuisé. C’est un épuisement mental, moral, plus que physique. Je le serre très fort contre moi. Je le caresse doucement, je pose quelques baisers légers dans son cou. Les sanglots deviennent plus sonores, ils secouent son torse. C’est dur de voir Jérémie pleurer. Ses larmes passent de ses joues aux miennes, et elles me transmettent toute sa souffrance. Une souffrance refoulée, pleine de colère, une colère pleine de désespoir. — Va-t’en, Nico, pars loin d’ici. Tu vois pas que je suis en train de couler ? Ne coule pas avec moi ! — Je ne partirai que quand tu iras mieux. Et personne ne coulera. Je te promets que tu iras mieux. Je te promets que un jour tu joueras à nouveau au rugby et encore mieux qu’avant l’accident. Je te promets qu’un jour tu gagneras le Top16 avec le Stade. Mais pour ça, il faut y croire. Pour cela, il faut continuer à croire en tes rêves. Oui, je sais que je distribue de l’espoir à crédit, à découvert, sans prendre aucune garantie, en encourant un risque fou. Mais en voyant Jérémie dans cet état je ne peux faire autrement que lui donner quelque chose à qui s’accrocher, coûte qui coûte. J'ai besoin d'y croire et je veux qu'il commence à l'envisager. Je pense aux mots du chirurgien du train : « Et surtout, il faut s’arranger pour qu’il n’arrête jamais d’y croire, même ...