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La petite fille sans allumettes
Datte: 24/12/2023, Catégories: mélo, portrait, policier, Auteur: Serafin, Source: Revebebe
... passé au supermarché à côté de chez elle, acheter quelques bonbons pour le petit. Et devine qui je vois en rayon ? Ta femme ! Je n’y comprends rien. — Mais pourquoi ferait-elle les courses là-bas ? — Elle ne faisait pas ses courses, elle y travaillait ! Elle était en train de mettre des yaourts en rayon. Avec le tablier et tout. — Tu as confondu… — Je te jure. J’étais assez près pour voir que c’étaient des yaourts Damome zéro %, alors j’ai bien vu son visage. Je ne peux y croire. Impossible. — Elle t’a reconnu ? Tu lui as parlé ? — J’ai tellement bugué, je me suis planqué dans le rayon voisin. Je crois qu’elle m’a pas vu, elle était concentrée. Deuxième étage, troisième porte à gauche. Un goût d’acide en bouche. Sarah n’est pas encore rentrée. Je prends place sur le canapé et décroche le téléphone. L’attente est longue, quand le monde est sur le point de s’écrouler. Et pourtant, il n’est même pas vingt heures. Je regarde les minutes s’égrener sur la pendule murale. Mon cerveau habituellement en ébullition est vide. Je fixe le mur. J’attends. La clé tourne dans la serrure, des bruits de bottes dans le couloir. Enfin ? Et pourtant, j’aimerais qu’elle ne soit pas encore là. J’ai peur de maintenant. J’ai peur de demain. — Bonjour mon Gaston ! Tu vas bien ? Elle vient embrasser le sommet de mon crâne ; son parfum fruité m’enveloppe. Se reparfume-t-elle tous les soirs avant de rentrer, pour masquer les effluves des rayons poissonnerie et fromagerie ...
... ? — Tu es bien sombre ce soir ! Tu n’as pas pu avancer dans ton enquête aujourd’hui ? Je suis incapable de dire un mot. Il suffit de si peu de mots pour déclencher un cataclysme. Elle s’installe à côté de moi et me prend dans ses bras. — Ça arrive, le syndrome de la page blanche. Et le dénouement du roman est le plus dur à écrire ! — Sarah… je lâche d’une voix rauque. Ahmed t’a vue ce matin. Tu ne travaillais pas chez Gogole, mais au supermarché du village voisin. Je sens son corps se crisper. — Je dois avoir un sosie là-bas. C’est rigolo, c’est la première fois qu’on m’en parle ! — Un sosie également nommé Sarah de Truchtersheim, c’est rigolo en effet, je lâche brutalement. J’ai appelé le magasin. Tu travailles là-bas depuis huit ans, de dix heures à vingt heures tous les jours de la semaine, au stockage et à la mise en rayon — tu avais explicitement demandé à ne jamais être en caisse. Pour minimiser les risques d’être reconnue par quelqu’un de ton entourage ? Son beau visage se décompose. Seigneur, pourquoi dois-je lui infliger cela… — Gaston… je t’assure que tu fais erreur. — Tu as menti à tout le monde, Sarah. Tous nos amis. Ma famille. Moi. Cela fait six ans que tu mentionnes chaque soir ta journée chez Gogole ! Je me lève et réfléchis à haute voix. — Est-ce que tu as menti à ta famille aussi ? Ta mère doit savoir que tu n’as pas fait d’études d’informatique ; elle ne t’aurait probablement pas cru. C’est pour ça que tu ne veux pas que je la ...