1. L'usine à foutre


    Datte: 31/10/2023, Catégories: En solitaire, Auteur: lepetitprincesalace, Source: Hds

    La routine métro boulot dodo me rendait fou. J'étais épuisé. Pas physiquement à cause du travail, mais mentalement. De toujours répéter en boucle encore et encore les mêmes journées. Ça me foutait un coup de barre quotidien et le grand barbu devait bien s'amuser à appuyer sur la photocopieuse tous les matins. Ma vie était simple. J'aimais ses choses simples. Et en soit cette routine était une chose simple. Mais je saturais. Je me lassais très vite, de tout et de tout le monde. Tout le temps. La stabilité était une notion vaseuse pour moi, contrairement à la nouveauté qui apportait son vent de fraîcheur. Je changeais de petite amie et de boulot comme je changeais de caleçon. De ce côté là, c'était le calme plat. Puis un jour, je reçus une première réponse favorable à l'une de mes candidatures. C'était pour un poste d'opérateur d'usine. Voilà ce que ça disait :
    
    « Vous êtes invité à la réunion d'information concernant le poste d'opérateur d'usine auquel vous avez récemment postulé. Ladite réunion se tiendra dans deux jours, à l'horaire indiqué ci-dessous et dans les locaux de votre agence de recherche de postes. Nous vous demandons de bien vouloir vous munir des documents demandés et de prévoir une heure de votre temps. Cordialement, le Directeur de l'agence. »
    
    Deux jours plus tard, je me retrouvai à l'agence. Une fois la réunion terminée, ils nous appelèrent un à un et nous firent passer un entretien individuel. C'était mon tour.
    
    - Asseyez-vous, me fit l'employé de ...
    ... l'agence.
    
    À quelle fréquence vous masturbez-vous ?
    
    - Vous êtes sérieux ?
    
    - Il est huit heures quinze du matin et j'ai très mal dormi sur le canapé cette nuit. Je suis pas d'humeur à faire des blagues.
    
    - J'en sais rien. C'est pas comme si je tenais un registre, je suis pas détraqué à ce point.
    
    - Ça fait rien. Montrez-moi vos avant-bras.
    
    Je relevai mes manches et les lui montrai. Il se mit alors à griffonner je ne sais quoi sur son calepin. Il était dégarni et avait des cernes gros comme des cloques. Il se tenait affreusement mal, portait des vêtements deux fois trop grands et respirait anormalement fort. Le cliché même du type complètement dépassé par la vie.
    
    - Vous travaillez en ce moment ? reprit-il dans une respiration bruyante.
    
    - Putain c'est quoi votre problème ? Ils vous filent une prime d'imbécilité si on donne une réponse viable à chacune de vos questions débiles ?
    
    - Ce serait pas pour me déplaire, mais non. Le cumul de jobs ça date pas d'hier, d'où vous sortez ?
    
    - D'un sac en toile déposé par une cigogne, et vous ?
    
    - Z'avez pas inventé l'eau chaude, l'ami. À trop vous branler, ça vous a cramé toute la matière grise là haut. Mais ça tombe bien, ça fait de vous le candidat idéal pour le poste ! Bon, vous avez envie de travailler oui ou merde ?
    
    - Vous avez envie vous ?
    
    - Non, mais faut bien.
    
    - C'est malheureux.
    
    - Alors ?
    
    - Faut bien, soupirai-je.
    
    - C'est bon pour moi. Vous commencez lundi.
    
    - C'est tout ?
    
    - Quoi, vous ...
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