1. Etude des micro-attributs


    Datte: 29/01/2019, Catégories: nonéro, Humour Auteur: Boulegomme, Source: Revebebe

    « J’ai une petite bite. »
    
    Derrière cet aveu apparemment anodin, se cache des années de souffrances, de secrets, de honte et d’interdits.
    
    Gymnase annexe du Stade Léo Lagrange de Mons en Bareuil.
    
    Des chaises, en rond, au centre du terrain de hand-ball.
    
    Des hommes. Des hommes seulement. Des raclements de gorges gênés qui résonnent comme un tocsin lugubre, ce lundi 20 juin 2005, à 20h30.
    
    Séance hebdomadaire de l’A.P.B.A.
    
    — Bien, messieurs, nous pouvons commencer.
    — Bonjour, je m’appelle Adrien, et j’ai une petite bite.
    — Bonjour Adrien !
    — Bonjour, je m’appelle Jean-Luc, et j’ai une petite bite.
    — Bonjour Jean-Luc !
    — Bonjour, je m’appelle Daniel, et j’ai une petite bite.
    — Bonjour Daniel !
    
    La litanie rituelle des présentations continue, faite de sourire forcés, de doigts entremêlés que l’on triture, de paires d’yeux baissés qui n’osent se croiser malgré la communauté des douleurs.
    
    — Alors, Adrien, qu’as-tu fait cette semaine ?
    
    Adrien se lève, penaud.
    
    — Mardi dernier, je suis allé à la piscine.
    — Oh !
    
    Une salve d’applaudissements ponctue maladroitement la prouesse du héros.
    
    — Mais je n’ai pas réussi à retirer ma serviette.
    — Pas-Bien !
    — Allons les amis, il faut encourager Adrien. Adrien, tu réessayeras la semaine prochaine ?
    — Oui, Docteur Bideault.
    — On applaudit Adrien.
    — Bravo Adrien !
    
    Je mis plusieurs mois à comprendre vraiment l’utilité de telles séances. Au début, mon scepticisme était à la hauteur de mon trouble. Pour ...
    ... la première fois de ma vie, j’énonçais à haute voix cet aveu fatidique, doublé d’un silencieux « et je vous emmerde… » qui me dédouanait d’explications. Mais je ne pouvais considérer qu’il apporterait quoique ce soit aux affres que ce handicap majeur engendrait dans ma vie.
    
    J’affirme même qu’il déterminait ma vie.
    
    Je jouai pourtant le jeu.
    
    J’eus dès lors de nombreux entretiens avec le Docteur Bideault, qui me firent comprendre à quel point premièrement je n’étais pas seul à subir cette malformation génitalement microscopique, mais également la diversité des réactions face à ce douloureux malheur.
    
    Elle me fit rencontrer des gens, discuter avec eux. J’en recueillis des témoignages bouleversants, à caleçon découvert. Ces hommes acceptèrent de parler, pour la première fois, de ce qui est toujours considéré comme un tabou dans une époque où la performance et l’apparence parfaite est exigée de tous.
    
    Je poursuivis mes recherches en plongeant tête baissée dans des études bibliographiques approfondies malgré la faiblesse des documents sur ce sujet. Cette pusillanimité me semblait justifiée par le soupçon possible que, si vous étudiez ce fléau, c’est que vous en étiez vous-même atteint, et que donc peu de gens désiraient supporter cette infamie aux yeux des autres.
    
    Ce courage, je l’ai aujourd’hui.
    
    Grâce à ces années de recherches, j’ai pu transcender (avec beaucoup d’efforts, je dois l’avouer) ma pudeur et mon orgueil pour dévoiler les secrets de cette affliction ...
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