1. Les larmes de Juliette


    Datte: 20/07/2023, Catégories: Erotique, Auteur: Jane Does, Source: Xstory

    ... Franck aussi vient souvent rendre visite à ces deux êtres chers, trop vite partis. Il passe chez moi de temps en temps et nous déjeunons ou dinons tous les deux. Par certains côtés, il me rappelle mon François. Et à trente-six ans, cet homme qui était le sel de ma vie me manque énormément. J’ai du mal de remonter la pente. L’enquête du flic, je ne sais même pas où elle en est. Il est passé à deux ou trois reprises, pour savoir ce que je deviens plus que pour me questionner.
    
    Mon beau-père aussi devient plus assidu dans ses visites. La mort de son fils nous a sans doute rapprochés un peu. Au moins ne m’abandonne-t-il pas tout à fait à mon sort. Nous parlons peu de François, et pourtant, je sais qu’il est au fond de toutes nos pensées. À cinquante-sept ans, le père de mon mari reste un homme en forme. Ses attitudes, ses traits aussi me font souvent penser un peu à son gamin. Alors un soir en chassant un autre, il nous arrive de trop boire. Et Franck couche dans la chambre d’ami pour éviter de conduire alcoolisé.
    
    Ce sont les nuits qui sont compliquées pour moi. C’est là que mon cerveau se met en route et revient sur des images d’une vie quotidienne, celles d’une existence que François remplissait si bien. Et les sanglots souvent perturbent mon sommeil. Combien de fois mes larmes coulent-elles, alors que mon visage est caché dans un oreiller qui détient tant de secrets ! Mais comment réagir face à ce flot incroyable de mal-être qui m’assaille ? J’ai toujours la nette ...
    ... impression que c’est moi la coupable de cette situation. Pourquoi ? J’ai beau me raisonner, mon cerveau lui, ne veut pas en démordre. Si François s’est suicidé, je dois y être pour quelque chose.
    
    Oui ? Mais quoi ? Et lui n’a rien laissé comme traces pour me disculper ou seulement assouplir ma peine. Alors je me réfugie dans ce que nous les femmes savons le mieux faire… les pleurs. C’est ainsi que cette nuit encore, sans trop m’en rendre compte, je suis poursuivie par des remords que ma tête imagine. Et le vin du diner n’arrange pas vraiment les choses. Mon beau-père, s’il a bu autant que moi supporte mieux l’alcool. Alors, dans la chambre qui jouxte celle que j’ai partagée si longtemps avec son fils, il doit surement entendre mes plaintes. Est-ce pour cela qu’il est derrière ma porte, à frapper de discrets petits coups ?
    
    Il espère peut-être que je lui demande d’entrer ? Au premier « toc » dans la cloison de bois, je me tétanise, entièrement raide. Dans la brume et les vapeurs engendrées par l’absorption de vin, mon cœur se met à battre plus violemment. Un espoir insensé dans lequel je me complais, comme si derrière le panneau de chêne, François se tenait et revenait. Ma gorge serrée ne sait dire ce mot qui doit autoriser Franck à pénétrer dans mon espace intime. Mais soucieux de mon bien-être, il brave tout de même l’interdit. Je sais bien que ça ne peut pas, plus être mon mari qui avance dans le noir de la pièce.
    
    — Tu pleures Juliette ?
    
    — …
    
    — Moi aussi ça m’arrive de ...
«1234...8»