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Erotisme et poésie (7) : « Baise m’encor, rebaise-moi et baise » de Louise Labé
Datte: 10/07/2023, Catégories: A dormir debout, Auteur: Olga T, Source: Hds
... fois le désir physique et spirituel dans des sonnets comme le XVIII ème, « Baise m'encor, rebaise-moi et baise », qui est publié sous cet article. Louise Labé apporte une inflexion nouvelle au modèle pétrarquiste en adaptant le rôle de l’amant poète au féminin. Dans la tradition du sonnet d’amour à cette époque, initiée par Pétrarque et suivie par des auteurs français comme Du Bellay et Ronsard, la femme aimée ne partage pas les sentiments du poète. La poétesse des « Sonnets » se distingue de cette règle en tombant amoureuse de celui qui l’aurait séduite. Louise Labé, en écrivant ce qu’elle ressent, donne une voix à la féminité. Elle n’est plus seulement un « objet » d’admiration dépersonnalisée par l'amant, mais un sujet. Louise Labé est considérée comme une des premières féministes en France. Louise Labé revendiquait pour la femme l'indépendance de pensée, la liberté de parole amoureuse et le droit à l'éducation. Dans son anthologie, Pierre Perret relève la sensualité et la passion incandescente de Louise Labé. Il ajoute : « son œuvre toute entière est consacrée à l’amour charnel, principalement dans les sonnets, qui demeurent les plus sublimes de notre langue » UNE FEMME LIBRE Louise était une femme si libre qu'elle demande à son amant: « Baise m'encor, rebaise-moi et baise ». Une femme rebelle déclarant qu'elle voulait voir les femmes : « non en beauté seulement, mais en science et vertu passer ou égaler les hommes »; et pour cela elle prie « les ...
... vertueuses dames, d'élever un peu leur esprits par dessus leurs quenouilles et leurs fuseaux … » Une femme qui murmure, gémit, souffre ou pleure : « Crier me faut mon mal toute la nuit ». Une femme qui se moque avec légèreté de l'amoureuse qui soupire en elle-même : « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie » Les outrances amoureuses attribuées à Louise ne sont que le désir et la volonté de disposer de sa vie. Une amoureuse, Louise ? Plus encore. Elle va donner voix à l'expression féminine de la passion: une femme peut oser déclarer son désir sans attendre de se sentir désirée. Sa religion est l'amour, sa morale est l'amour, sa liberté est l'amour. « Le plus grand plaisir qu'il soit après l'amour, c'est d'en parler », dit-elle. A son époque, Louise suscita la haine des dévots, de ceux que j’exècre et qualifierai de rétrogrades. Claude de Rubys, un contemporain, procureur général de la commune de Lyon, membre de la Ligue, les ultras catholiques des Guerres de religions parlait ainsi d’elle : « Cette impudique Louise Labé, que chacun sait avoir fait profession de courtisane publique jusqu’à sa mort. » Pour ma part, je retiens ce bel hommage de Léopold Sédar Senghor au sujet de Louise Labé : « On s’étonne qu’elle ait pu passer, aux yeux de certains, pour une indigne courtisane. On ne saurait trouver dans notre littérature de poèmes d’amour plus pudiques. Il est vrai que Louise Labé n’a pas le sens du pêché : elle a l’innocence du cœur et de la chair. Elle reste la plus grande ...