-
Peindre les ombres humaines
Datte: 29/06/2023, Catégories: ff, bizarre, mélo, québec, Auteur: calpurnia, Source: Revebebe
... Les gardes qui se moquent de lui sont des soldates aux faces toutes identiques, en sous-vêtements et aux rires semblables à ceux des personnages du peintre chinois Yue Minjun. Le visage de Jésus exprime un mélange de douleur extrême, de désespoir et d’extase mystique et charnelle à la fois. Myriam déambule, contemplant longuement chaque toile, en hochant la tête. — Que de sang ! Quelle explosion de violence et de perversité ! Où trouvez-vous une telle noirceur ? — Je l’ai en moi, sans l’avoir vécue dans ma chair, pourtant. Si je ne l’exprimais pas en peinture, ou par tout autre moyen artistique, elle me tuerait en quelques jours. — Je veux bien vous croire ! Tout cela est absolument horrible, mais… fascinant ! Tout est-il si noir ? N’y a-t-il donc rien de positif en l’homme ? Pas même l’amour ? — Peut-être que si, mais je ne suis pas capable de représenter autre chose que ces images qui peuplent mes rêves, dans cet atelier que je ne quitte pratiquement jamais. Si cela vous tente, la salle d’à côté présente le thème des enfants… mais attention, il s’agit de cauchemars dont personne ne revient indemne. Elle fait quelques pas dans cette direction, mais se ravise. Elle doit penser que je suis vraiment folle. — Voici le tableau que vous m’avez indiqué correspondre à votre choix, lui dis-je en lui montrant la toile où Sainte-Julie de Corse est crucifiée et où, selon la légende, elle a les seins tranchés au poignard, d’une manière absolument crue. Deux fontaines ...
... naissent de cette mutilation. Pensive, Myriam se fige devant l’œuvre dont la hauteur atteint deux mètres : le maximum possible pour mon atelier. La sainte martyre y est représentée grandeur nature. Elle est une copie de moi-même. — Votre travail est troublant. Je veux absolument ce tableau. Son prix n’a pas d’importance. — Si ce n’est pas indiscret, où comptez-vous l’accrocher ? Dans un salon, cela risque d’être compliqué à gérer avec vos invités. — Dans ma maison, je dispose d’une pièce où je suis la seule à pouvoir aller, pour réfléchir. Même mon mari n’y entre pas. — Alors ce sera votre toile, rien que pour vous. — Marché conclu. Puis-je vous faire une confidence ? — Je serai muette comme un confesseur. — Dans quinze jours, je vais entrer en clinique et on va procéder à l’ablation de mes deux seins. Je suis atteinte d’un cancer mammaire avancé, bilatéral, avec des métastases : si je survis, ce qui est loin d’être évident, ma féminité sera définitivement fracassée, car je ne crois pas à ces prothèses en silicone. À vingt ans, j’étais une belle femme qui portait des décolletés profonds et que tous les hommes courtisaient. L’orgueil me tournait la tête, et lorsque le verdict médical est tombé, je me suis effondrée. Ma première intention a été de me suicider. J’ai même acheté la corde dans ce but. Puis, par hasard, en cherchant à me distraire sur Internet en attendant l’heure de passer à l’acte, je suis tombée sur votre œuvre. J’ai sauté dans le premier avion pour aller y ...