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Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 4
Datte: 22/06/2023, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds
... fumeuse ? La colère ne justifie rien, sinon une incompétence latente à prendre les bonnes décisions, à réagir au lieu d’agir. Alors arrête de jouer les victimes, bon sang, relève la tête. » La voix de la sagesse a frappé fort ce dimanche matin au réfectoire, les connexions de mon cerveau en surcharge menacent de griller. Christelle se marre, on dirait qu’elle a entendu ma conscience se rebiffer. – T’as intérêt à relativiser si tu veux tenir le coup, ma belle, je me suis faite à l’idée de partager mon palace avec une petite étudiante en histoire aux idées subversives, alors évite les conneries pendant que je serai chez la surveillante en chef. Waouh ! rarement ma codétenue a usé d’autant de mots dans une phrase. Le sens de l’humour me donne envie d’y croire. Ce serait exagéré, disons que ça consume un excès de culpabilité. – Tu veux du rab de café ? – Avec plaisir puisque tu l’offres si gentiment, ma petite Louise, puis on ira s’offrir une balade dans la cour. J’adore l’entendre parler. Une petite pluie fine rafraîchit à peine l’atmosphère, les sentinelles armées se terrent dans les casemates sur les miradors ; ça ne change rien, personne ne s’évade d’un pénitencier. Les mesures de sécurité sont imposées par les assureurs, paraît-il, je le crois sans peine, encore une question de profit. Il y a quarante ans, de telles remarques m’auraient valu une réputation de gauchiste ; j’espère ne pas me tromper beaucoup en affirmant que l’ambition politique sert ...
... souvent d’excuse à un vulgaire appât du gain. Un véritable attrait pour l’exercice du pouvoir serait trop glauque à imaginer, preuve de l’instabilité mentale de ceux qui s’arrogent le droit de prendre les décisions pour nous. Vendre, des biens ou des services, vendre toujours plus, toujours plus cher, voici le fil conducteur de notre société. Pas étonnant que des gens essaient de voler ce qu’ils ne peuvent acheter. On en retrouve ici, à faire les cent pas dans la cour clôturée d’un grillage de huit mètres de haut sous un ciel maussade, victimes désabusées d’un système qui a refusé de tenir ses promesses. Le pognon serait-il la cause de tous nos maux ? L’avidité plutôt, qui veut que l’être humain se trouve toujours de bonnes excuses à amasser des fortunes. Pourquoi aucune révolution n’a abouti à une équité véritable ? Les pauvres sont bien plus nombreux que les riches de part le monde, il leur suffirait de s’unir, de se faire entendre d’une même voix. Certains s’y sont essayés dans l’histoire, aucun n’a réussi, le mal est trop profond, les sages trop peu nombreux à prendre la parole. Le problème est simple : les pauvres ne sont aucunement intéressés par le partage des richesses, non, ils veulent devenir riches à la place des riches, amasser eux aussi plus que ce dont ils ont besoin, quitte à laisser leurs voisins crever de faim. Et moi, pour qui ou quoi est-ce que je me bats ? Certainement pas pour le fric, ou j’aurais choisi une autre carrière que le professorat après mes ...