-
Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 4
Datte: 22/06/2023, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds
... Manon ? Pas avant d’avoir reçu une réponse au premier courrier. Me pieuter devant la télévision ? Un coup à m’endormir vu le programme, et je ne trouverai plus le sommeil cette nuit. Amorcer un rapprochement amical avec des détenues capables de passer outre le passé de Christelle ? Ça ne coûte rien d’essayer, il serait peut-être temps pour Louise Marvault de tisser des liens au bloc A. – Tu boiras un coup à ma santé. – Je n’y manquerai pas, ma belle, deux même. De ton côté, n’oublie pas ce que je t’ai dit, tout ce que tu devras faire ici n’aura aucune importance dans cinq ans, c’est la base de la survie. Et n’hésite pas à m’envoyer chier au cas où... Mouais, promis. C’est bizarre, j’ai envie d’y repenser en cet instant précis, même de faire autre chose que ressasser un souvenir. – Elle a l’air cool, la matonne en chef. Sans aller jusqu’à mettre les surveillantes et les détenues dans le même sac, du moins pas toutes, j’ose croire qu’il y a de bonnes personnes dans les deux camps ; sinon, ma conscience serait ridicule. J’ai l’air d’une girouette, de changer d’avis plus souvent que de combinaison, c’est la conséquence de nombreuses réflexions parfois contradictoires, d’un violent coup de blues entre deux périodes de calme relatif. Il faudra du temps pour que ça se stabilise, comme l’accord improbable des éléments d’une sauce aigre-douce. Le noir et le blanc forment un gris plus ou moins sale selon l’humeur du moment. – Elle l’est, soupire Christelle en ...
... s’octroyant une chaise à l’écart au rez-de-chaussée, intelligente aussi. Je déteste perdre mon temps avec des connes. Le compliment me touche, on serait probablement amies dans un contexte différent. Pourquoi une femme pareille est devenue flic ? – Ce qu’on appelle la force publique est chargée de maintenir l’ordre, c’est le bras armé du pouvoir contre la contestation, une bande de brutes en uniformes recrutés sur leur capacité à obéir sans réfléchir. La police judiciaire mène des enquêtes, analyse des faits, on se sert de notre tête pour arrêter de véritables criminels nuisibles à la société. Tu vois la différence ? Encore un sujet de réflexion. – Salut ma mignonne. C’est trop bête de rester seule dans un coin. Bla-bla-bla, les branleurs au resto universitaire ou en boîte de nuit se débrouillent mieux que ça. La quinquagénaire pose les gobelets sur la table avant de s’asseoir sans gêne en face de moi ; le dimanche est le seul jour où les détenues ont droit à un café après le déjeuner. – J’ai mis un demi-sucre. Aucun doute, la vieille a l’œil sur moi depuis au moins une semaine. « C’était tentant de profiter de l’absence de ma codétenue, hein ? Tu m’aurais abordée dans d’autres circonstances, si tes intentions étaient purement amicales, devant Christelle ? Ben non, tu veux passer un moment avec moi sous la couette, rien d’autre. » Je préfère me montrer diplomate. – Merci. Voilà, tout est dit, je fais glisser mon plateau jusqu’à celui de Cat esseulée à ...