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Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 4
Datte: 22/06/2023, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds
4 La pyramide de Maslow Ces derniers jours ont été difficiles pour de multiples raisons, je suis impatiente de recevoir des nouvelles de Manon, la conscience d’avoir cinq ans à tirer loin de ma petite sœur m’angoisse. On ne me laissera pas sortir avant, le système des remises de peine a disparu dans la réforme du code pénal en 2035, la liberté surveillée aussi. Consolation plutôt maigre, les trente jours de préventive seront décomptés. Non, aucune possibilité de sortir, à moins d’une révolution qui pourrait se faire sans moi, un coup au moral supplémentaire malgré les efforts de Christelle pour me tirer vers le haut. J’ai honte de comparer ses douze ans d’enfermement à mes onze jours de présence. Elle s’est excusée de... l’incident de dimanche dernier, sans chercher à se justifier. Il m’aura fallu presque une semaine pour relativiser, le bon sens m’interdit de lui en vouloir, mieux vaut évacuer le moindre motif de tension entre codétenues. Ça devait arriver de toutes façons, peut-être pas si tôt ni dans ces conditions, mais ce n’est la faute de personne, seulement une conséquence logique de la promiscuité, alors n’en parlons plus. J’estime avoir eu de la chance d’échapper à l’emprise de Laval au contraire, cette garce aurait certainement pris son plaisir sans s’occuper du mien. Au moins, on ne peut pas taxer Christelle d’égoïste. Laisser une femme me brouter le minou, une idée inimaginable qui ne m’a jamais effleurée, même pas à l’époque de la découverte. Ça ...
... arrivera certainement encore, c’est long cinq ans, autant adopter la politique du pénitencier sans chercher de réponse à des questions évidentes d’hygiène. Après tout, j’ai pris mon pied la première fois, pourquoi pas les suivantes. Ça change, aucun mec n’a réussi à me faire jouir, c’est vrai que je n’en ai pas connu beaucoup. Le sexe est arrivé tard dans ma vie, et n’a jamais été une priorité. Au moins maintenant, j’ai un souvenir qui me permet de rester à flot dans les heures les plus sombres. En réalité, j’angoisse à l’idée d’être obligée de revoir mes anciennes certitudes, d’y perdre mon esprit critique au passage, pour simplement parvenir à survivre un jour après l’autre dans l’antre de l’enfer carcéral. J’ai peur de devenir « comme elles », comme ces criminelles de droit commun aux comportements douteux motivés par un égoïsme primaire. Eh ! je suis une révolutionnaire pacifique, une libre penseuse, une libertaire à la limite, aucunement une terroriste qui pose des bombes ou qui tire sur des flics. Alors pourquoi je supporterais une telle comparaison ? Non, c’est tout à fait inacceptable, une injustice supplémentaire. « Ta gueule, Louise Marvault, pour qui tu te prends ! T’as essayé de connaître ces femmes avant de les juger une seconde fois, de savoir ce qui les a amenées là ? Bien sûr que non, le temps ne te manque pourtant pas. Mais c’est tellement plus gratifiant de te croire différente, meilleure, rassurant sans doute aussi. Et sur quelles bases appuyer ta théorie ...