1. Les dieux sont tombés sur l'athlète


    Datte: 23/04/2023, Catégories: fh, sauna, hotel, délire, Humour aventure, fantastiqu, Auteur: Amarcord

    Sur la plus haute marche du podium, Olympe Zenati ne put retenir une larme, quand retentirent les premiers accords de la Marseillaise. Huit médailles d’or et une d’argent accrochées à son cou en trois olympiades, du jamais vu. Le 200 mètres, le 400 mètres et la longueur, trois disciplines sur lesquelles elle établit son règne, écœurant la concurrence et éblouissant les foules de ses longues foulées caressant le tartan, comme si elle allait bientôt s’envoler. Et puis ce sourire à l’arrivée, lumineux, solaire, comme si tout cela n’avait pas coûté le moindre effort ni exigé de lourds sacrifices. Un joli mensonge, bien évidemment. Alors cette course serait la dernière, elle l’avait annoncé, et ce dernier rendez-vous, elle ne l’avait pas manqué.« Le jour de gloire est arrivé », pouvait-on lire sur ses lèvres, à mesure que s’élevaient les notes et le drapeau, et l’hymne ne s’était pas trompé. Ils furent nombreux, en France, à verser eux aussi leur larme, d’autant plus frissonnants qu’ils s’étaient réveillés en pleine nuit pour suivre la finale. Cette nuit-là, l’émotion ne fut pas seulement patriotique. Sur tous les continents, des hommes et des femmes se dirent que l’olympisme s’était trouvé un bien beau visage, et ils se sentirent un peu amoureux.
    
    Toutes les rédactions ressortirent à nouveau la biographie linéaire de la championne. Naissance à Paris, enfance à Puteaux, entre une mère institutrice antillaise et un père kabyle, mécano dans une chaîne de service automobile. Ce ...
    ... qui lui valut son premier surnom, puisque, gamine, il lui arrivait de participer aux entraînements couverte non pas d’un coûteux justaucorps frappé des trois bandes ou de la virgule de rigueur, mais d’un simple t-shirt promotionnel recouvert du slogan« Va donc chez Speedy ! ». C’était un peu vexant pour les petites concurrentes, à qui elle mettait dès cette époque quelques longueurs dans la vue. Mais comme elle était aussi bonne camarade, et que sa rage de vaincre s’éteignait aussitôt franchie la ligne, elles ne lui en tenaient pas rigueur. À quoi bon la jalouser, d’ailleurs ? Elle régnait déjà sur les catégories d’âges, et toutes savaient que tôt ou tard, elles pourraient s’enorgueillir de l’avoir un jour côtoyée, approchée, suivie, vue s’échapper, avant de tomber affectueusement dans ses bras à l’arrivée. Olympe, elle, courait en poursuivant son rêve, celui de rejoindre sur les tables Marie-José Pérec, l’idole de sa mère, qui l’avait elle-même autrefois vue jaillir devant elle, irrésistible, là-bas, du côté de Basse-Terre.
    
    Les journalistes avaient des curiosités aussi obsessionnelles que prévisibles.
    
    — Et chez vous, comment ça se passe ? Votre maman est catholique, et votre papa musulman. Quel Dieu prie-t-on à la maison ?
    — Chez nous on s’aime, et puis c’est bien suffisant.
    
    Chez elle, on aimait la République, aussi. Et ça l’agaçait un peu d’avoir à le rappeler, comme si ses origines mélangées la rendaient un peu suspecte. Elle enrageait toujours en se remémorant le ...
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