1. Vendredi, très envie ! (1)


    Datte: 09/03/2023, Catégories: Divers, Auteur: Doogy Woogy, Source: Xstory

    ... l’air caresser mes jambes. Je chaussai mes escarpins. La cerise sur le gâteau, ou le signal du départ ? Je piaffais, fébrile, devant l’ascenseur. Tel un omnibus, il semblait marquer une pause à chaque étage ; je le soupçonnai même d’être plus lent qu’à l’accoutumée. Lorsque les portes s’ouvrirent, je m’engouffrai avec la sensation que mon cœur me tirait derrière lui. Tout le temps de la descente, le miroir renvoya mes mimiques lubriques.
    
    Voilà, j’étais dans la rue. Toute la journée, le soleil avait chauffé le trottoir. Une vague de chaleur s’enroula le long de mes jambes tel un serpent constricteur. J’inspirai un grand coup, à la manière d’un athlète avant la compétition. Mes poumons respirèrent l’ambiance de la ville ; j’allais me fondre en elle, m’en faire une alliée. Go !
    
    Je prenais soin de ne pas faire claquer mes talons sur le trottoir : ce bruit caractéristique éveille l’intérêt des mâles à proximité. Mon pas lent pouvait leur donner le sentiment que je n’attendais que de me faire rattraper. À mon retour, pourquoi pas ? Je léchais les vitrines. Je sortis une cigarette de mon sac à main. Contrairement au cliché, le mien ne contenait que le strict nécessaire. Je contemplai les tenues exposées sur des mannequins blancs étêtés. Un d’eux portait une robe noire, similaire à la mienne. Un gilet rouge contrastait, ce qui me fit penser que j’avais oublié le mien. Devais-je retourner chez moi ? Aucun coup de frais en vue : la couverture nuageuse, maintenant épaisse, ...
    ... empêcherait la chaleur de se disperser. Tant pis si mes fesses attiraient le regard d’un passant. Après tout, les yeux sont faits pour regarder. À l’évocation de séduire un inconnu, mes muscles se contractèrent autour de mon plug : je sortais avec mon meilleur ami.
    
    Malgré toute ma lenteur, il était à peine plus d’une heure du matin lorsque j’arrivai à proximité du quartier piéton. À l’angle de la rue qui accédait à ma petite place, une galerie éclairait le carrefour, prétexte supplémentaire pour perdre du temps. Cela me permettait de jauger, sans en avoir l’air, du nombre de personnes arpentant le secteur. Je me forçai à regarder les tableaux en vitrine : une exposition d’art contemporain. Pas de quoi s’émerveiller pendant des heures ! Un artiste s’était pris pour Klein. Des toiles unicolores envahissaient les murs au fond de la boutique. À la différence du vert ici aligné, le bleu de Klein était une belle couleur, même s’il en avait abusé.
    
    L’unique difficulté de l’Art moderne résidait à dénicher une théorie fumeuse que ledit artiste pouvait à la suite décliner à l’infini sans trop forcer son art, tel un Christ multipliant ses peintures. Des aplats de couleurs de Mondrian à l’abstraction paroxysmique du carré blanc sur fond blanc de Malevitch, en passant par le même Klein dont on pourrait considérer l’exposition du vide comme un summum de fumisterie, je n’éprouvais face à leurs œuvres qu’un ennui insondable.
    
    Lorsqu’il m’était impossible d’échapper à un tel évènement, la ...
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