1. Les passantes


    Datte: 23/07/2022, Catégories: fh, extracon, bus, amour, revede, poésie, mélo, nostalgie, rencontre, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe

    ... parlent à notre place.
    
    — Ding dong » un message nous informe que « le train en provenance de Lyon est annoncé quai numéro 19 ».
    
    Direction quai 19. Inconsciemment, nous restons à bonne distance du quai. C’est le moment de se quitter. Soyons théâtral :
    
    — Adieu Marthe.
    — Adieu, monsieur Bonnard.
    
    La prenant par les épaules, je dépose un baiser sur ses lèvres. Elle ne me repousse pas, elle répond par un sourire.
    
    — Ding dong » nouveau message de la Compagnie des Chemins de Fer qui résonne dans le hall, « … avec un léger retard de 10 minutes… »
    
    Nos poitrines se gonflent, dix minutes de gagnées.
    
    Sans un mot, elle se précipite dans mes bras et écrase ses lèvres sur les miennes. Nos lèvres sont soudées, nos dents se cognent entre elles, nos langues se cherchent, se trouvent, se caressent, elles font tout ce que nos mains ne peuvent faire. Dix minutes, le baiser du siècle, ô temps, suspends ton vol.
    
    Je sens ses seins contre moi. En fermant les yeux, je revois les photos entrevues ce matin. Sentant une forme se développer dans mon pantalon, je me décale un peu, soyons gentleman, pas vulgaire. Mais… Elle se rapproche, se colle face à moi, frotte sa cuisse, nous ne faisons plus qu’un. Comme l’indolente, l’amour physique est plus fort.
    
    Elle se détache un peu, reprend son souffle, avec un sourire, son sourire…
    
    Main dans la main, les yeux dans les yeux, nous sommes seuls, plus personne autour de nous. Mon esprit s’emballe, si elle n’avait pas d’enfant, si elle ...
    ... n’était pas mariée.
    
    — Ding dong », nouveau message « Le train en provenance de Lyon entrera en gare dans deux minutes, quai numéro 19 ».
    
    Je vais la perdre. Non ! Je la prends dans les bras, elle se blottit contre moi, je l’embrasse langoureusement. Baiser profond, deux minutes c’est long et c’est court.
    
    Je sens sa respiration soulever sa poitrine. Cet instant ne doit jamais finir. Mon dieu, changez-nous en statue.
    
    Le train arrive. J’essaie de la retenir encore quelques secondes. Elle est troublée :
    
    — Merci pour cette journée, merci… merci pour tout.
    — J’aimerais vous revoir.
    
    Elle me pose un doigt sur la bouche :
    
    — Chut, ne gâchons pas ces derniers instants.
    
    Elle effleure mes lèvres d’un dernier baiser, et court vers les voyageurs qui commencent à arriver.
    
    Nous ne nous connaissons plus, voyageurs anonymes perdus dans la foule. Elle doit sentir mon regard fixé sur elle. Elle se retourne rapidement. Petit sourire rassuré, je suis toujours là.
    
    Elle agite la main, deux enfants se jettent dans ses bras, effusions attendrissantes, je n’existe plus. Son mari arrive avec les valises. Il la prend dans les bras, un baiser rapide :
    
    — Pas ici, il y a trop de monde.
    
    Je traduis « pas devant moi ». Il n’insiste pas.
    
    Son mari lui raconte son voyage. Tenant ses enfants par la main, elle a le regard vague, l’écoute-t-elle ?
    
    Elle passe devant moi, juste un petit coup d’œil rapide, je ne bouge pas. J’ai l’impression qu’elle serre plus fort la main de ses ...