-
Les passantes
Datte: 23/07/2022, Catégories: fh, extracon, bus, amour, revede, poésie, mélo, nostalgie, rencontre, Auteur: Patrick Paris, Source: Revebebe
... la dualité, le doute, le choix… — Elles le savaient toutes les deux, elles avaient accepté ? — On ne se sait pas si Marthe savait, Renée sûrement. — Un vrai vaudeville, qui finit comment ? — Il a longtemps hésité, et comme je t’ai dit… Pardon comme je vous ai dit, il a épousé Marthe en 1925. — Qu’est devenue Renée ? — De chagrin, enfin c’est ce que l’on peut penser, elle s’est suicidée quinze jours après le mariage de Pierre. — C’est dramatique. Comment a-t-il réagi ? — Après le suicide de Renée, il a peint les derniers tableaux que nous avons vus, Marthe allongée dans sa baignoire, toute une série de nus. — Pourquoi ? — Allez savoir. Il parait que Renée s’est suicidée dans sa baignoire. — Comment savez-vous tout ça ? Vous êtes un spécialiste. — Non, c’est récent. En prévision de cette expo, j’ai lu sa vie sur Internet. J’essaie toujours de connaître l’homme avant de connaître l’artiste et ses œuvres. Je prends conscience que pour me parler, il a pris mes mains dans les siennes. Nous sommes appuyés sur la table, nos visages proches, il me parle comme s’il me faisait des confidences, à voix basse. Nos yeux se croisent, il dépose un baiser sur mes lèvres, je me recule vivement : — Allons, soyez sérieux. — Excusez-moi, vous êtes belle, l’ambiance. — Je ne suis pas Marthe. Il se recule, embarrassé. Mais comment lui en vouloir ? Comment avouer que j’ai aimé ce baiser furtif. ---o O o--- LUI En sortant, sans un mot, nous nous promenons dans les ...
... rues de Paris. Nos pas nous portent vers les quais. La Seine coule toujours pour les amoureux. En regardant l’eau, je pose mon bras sur sa taille, elle ne se dérobe pas, au contraire, elle se serre un peu plus contre moi. Nos regards se croisent, petites gênes, non il ne faut pas. Elle regarde sa montre. Voulant décontracter l’atmosphère, je propose : — Je vous emmène dans un restaurant gastronomique. — Vous avez oublié, je dois être à la gare de Lyon pour 21 heures. Sans lui laisser le temps de réfléchir, j’entre dans un Mc Do. — Un Mac Do, ça vous va ? — Parfait pour un repas gastronomique, dit-elle en riant. Attablés, nous attaquons un Big Mac, moi un XL. Le ketchup coule sur son menton, elle essaie de limiter les dégâts en se léchant les lèvres. Délicatement avec la serviette papier donnée gracieusement par notre serveuse, je lui nettoie la bouche, mes doigts caressent sa joue. Quand je prends de la mayonnaise avec les frites, elle sourit et telle une maman grondant ses enfants, elle me montre du doigt : — Pas léger votre truc, pas bon pour la santé. — J’ai une excuse. Tout ce qui est mauvais pour la santé est si bon. Il est l’heure d’aller à la gare. Nous savons tous les deux que c’est notre dernière heure ensemble. Dans le hall, les panneaux n’indiquent pas encore le quai où arrivera sa famille. Tapis dans un coin, nous suivons la marche inexorable des aiguilles de l’horloge de la gare. Je tiens ses deux mains au chaud dans les miennes. Nos yeux ...